Dans les cuisines de leur petit hôtel de campagne, à Lamotte-Beuvron, dans l’actuelle région Centre-Val de Loire, les sœurs Tatin s’activent entre les poêles et les marmites. Caroline et Stéphanie concoctent une cuisine du pays dont elles régalent les voyageurs en goguette, en quête de bonne chère et de rafraîchissements sur leur trajet. Comme dans toute cuisine française traditionnelle de l’époque, les casseroles de cuivre sont suspendues à des crochets alignés contre le mur, chaque espace vide révélant qu’une sauce ou une tarte est en cours de préparation.

Un beau jour de la fin des années 1880, Stéphanie – qui était en cuisine, tandis que Caroline recevait la clientèle – s’est emparée d’un moule à tarte et l’a placé sur le feu. Elle y a mis du beurre et du sucre, avant de vaquer à d’autres occupations. Au bout d’un moment, une curieuse senteur caramélisée est venue se mêler à la fumée du four à bois. L’odeur a titillé les narines de Fanny – comme la surnommait Caroline –, qui a poussé un long soupir en découvrant que le beurre, le sucre et les pommes qui cuisaient avaient brûlé.

Heureusement, la cuisinière avait préparé une pâte à tarte, qu’elle s’est alors empressée de découper à la taille du moule en cuivre et d’étaler sur les pommes. Elle a ensuite recouvert le tout d’un c