«Cry baby», l'Amérique pleurnicharde du rappeur Vince Staples
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Cry baby, en français « pleurnichard », c'est le titre du septième album du rappeur américain Vince Staples. Pleurnichard, comme cette Amérique capricieuse et infantile dont il dénonce les dérives racistes et la fascination pour la violence. Un album mené sur un rythme rock effréné. Politique jusque dans la musique, Vince Staples prend le contrepied du rap traditionnel de la côte Ouest des États-Unis.
Un rappeur qui fait du rock, c'est le choix totalement assumé tout au long des dix pistes et des 35 minutes enregistrées dans les conditions du live par Vince Staples. Le surdoué de 33 ans, inventif et réputé pour son ironie mordante a fait le choix de parler à l'Amérique blanche avec la musique qu'elle connait le mieux, à savoir le rock. Un rockbouillonnant de colère et d'énergie, une musique subversive révoltée... quoi de mieux, en somme, pour dénoncer les ravages du trumpisme et ses effets sur les minorités, notamment les minorités noires.
Dès les premiers titres (« Blackberry marmelade » et « Go ! Go ! Gorilla »), il stigmatise l'hypocrise d'une certaine Amérique, soi-disant sensible à la cause des Afro-Américains mais qui fait tout pour les invisibiliser, il pointe un doigt accusateur sur le racisme systémique de la police. « Pourquoi est-ce que je vis dans la peur d'une arme et d'un insigne ? C'est l'ennemi le plus redoutable que nous ayons jamais eu » chante-t-il.
Violences policières, violences économiques, l'Amérique est bâtie sur un mensonge et repose sur un désir de domination. Un pays qui se veut le phare du monde, mais qui est pourri de l'intérieur, incapable d'autocritique, accuse-t-il dans « Only In America », titre clé de l'album.
La pochette de Cry Baby, où l'on peut voir le croquis d'un nourrisson grassouillet, avec une mèche blonde en couches-culottes aux couleurs du drapeau américain est une évocation de cette Amérique pleurnicharde et capricieuse, à l'image selon Vince Staples, de son dirigeant Donald trump qui considère ce pays comme un jouet.
Qu'on ne s'y trompe pas, le nonchalant Vince Staples qui manie souvent l'ironie et l'humour est ici d'une gravité à la mesure du malaise culturel qui envahit son pays. Cet album noisy et souvent punk va directement au but. Vince le nihiliste regarde la violence structurelle droit dans les yeux avec l'espoir qu'en refusant de fuir ses responsabilités, il aidera ses compatriotes à prendre conscience des combats à mener.
Tant sur la forme que sur le fond, Cry baby est un jalon essentiel dans la carrière multi forme de Vince Staples qui est aussi le créateur d'une série à succès sur Netflix, The Vince Staples show, comédie grinçante sur la condition des afro-américains aux USA.
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