À l’issue d’une primaire scrutée au niveau national et d’une campagne que le Washington Post qualifie d’“acharnée”, les électeurs démocrates du Michigan semblent avoir placé en tête Abdul El-Sayed, un médecin de 41 ans issu de l’aile gauche du parti, pour défendre leurs couleurs lors de l’élection sénatoriale de novembre. Mais au moment où nous écrivons, le dépouillement n’est pas achevé et aucun média américain n’a attribué la victoire.
Favori des sondages, l’épidémiologiste caracolait en tête des premiers décomptes, avant que son avance ne fonde, à mesure que remontaient les bulletins par correspondance du comté de Wayne, qui abrite notamment Detroit. Avec 65 % des bulletins dépouillés, Abdul El-Sayed comptait 50 % des voix contre 46 % pour sa rivale Haley Stevens, une députée de 43 ans soutenue par l’establishment du parti.
Le vainqueur affrontera en novembre le républicain Mike Rogers, soutenu par Donald Trump, qui avait perdu de justesse en 2024 face à la sénatrice démocrate Elissa Slotkin. Cette élection fait partie des quelques “scrutins considérés comme très serrés et déterminants pour le contrôle du Sénat”, souligne le quotidien de la capitale. En l’absence du sortant, démocrate, qui n’a pas souhaité se représenter, les électeurs de cet État bascule de 10 millions d’habitants devaient donc faire le choix “cornélien” entre “l’establishment et la gauche progressiste”, contextualise le Post.
La bataille est “cruciale” pour les démocrates dans “leur tentative de reconquérir la chambre haute, où les républicains détiennent actuellement 53 des 100 sièges”, explique The Guardian. La perte d’un siège dans le Michigan, bastion ouvrier ayant voté Trump en 2016 et 2024 mais qui compte aujourd’hui deux sénateurs démocrates, rendrait cette tâche d’autant plus ardue.
Un orateur hors pair
Dans un article intitulé “Cinq choses à savoir sur Abdul El-Sayed”, le New York Times précise d’abord que ce médecin épidémiologiste de formation, ancien responsable de la santé publique de la métropole du Michigan, né dans la banlieue de Detroit de parents égyptiens, deviendrait, en cas de victoire en novembre, “le premier sénateur musulman”.
“Partisan d’un système de santé universel, de la suppression de l’ICE et de la fin de l’aide américaine à Israël”, il bénéficie du soutien d’Alexandria Ocasio-Cortez et de Bernie Sanders, bien qu’il se dise “capitaliste et non pas socialiste”. Le quotidien new-yorkais note qu’il n’a jusqu’ici pas d’expérience en politique, si ce n’est une “candidature malheureuse” à la primaire démocrate pour le poste de gouverneur de l’État, en 2018.
Podcasteur populaire et commentateur régulier sur CNN, le Dr El-Sayed est en outre “un orateur hors pair”, réputé pour “son éloquence et ses attaques personnelles acerbes”, dont son opposante a parfois fait les frais. Elle a par exemple été qualifiée de “candidate la moins compétente des États-Unis”.
La question du soutien à Israël
Celle-ci l’a accusé en retour d’être antisémite, ce qui témoigne selon Time Magazine de la “virulence” de cette campagne. Sioniste sans être juive, âgée de 43 ans, Haley Stevens est une élue démocrate modérée à la Chambre des représentants depuis 2019, soutenue par le chef des démocrates au Sénat Chuck Schumer et la gouverneure du Michigan Gretchen Whitmer. Elle a centré sa campagne sur la réindustrialisation et sur sa capacité à rassembler divers horizons face au danger républicain.
Mais c’est surtout sur la question du soutien américain à Israël que les deux candidats se sont écharpés, Haley Stevens rejetant les accusations de génocide à Gaza. Elle a reçu le soutien des principaux groupes de financement américain en faveur d’Israël, dont l’American Israël Public Affairs Committee (Aipac), qui a dépensé 30 millions de dollars pour sa campagne − sur un total de 62 millions, un des plus élevés pour une primaire.
Dans un État qui compte une large diaspora arabe, cette question du financement de la campagne a pris poids un “rare”, devenant même, selon le New York Times, la “question principale”. Dans un article sur l’influence de l’Aipac, le journal de centre gauche observe que malgré son avantage financier considérable, Haley Stevens n’a pas su en profiter, Abdul El-Sayed ayant réussi à en faire un “handicap politique”.
Ce schéma ne s’est toutefois pas reproduit lors d’une autre primaire, à Saint-Louis dans le Missouri, où “la vague anti-AIPAC des progressistes a rencontré un obstacle”, rapporte Politico. Le député démocrate Wesley Bell, soutenu par le lobby pro-israélien, a en effet remporté sa primaire face à l’ancienne représentante progressiste Cori Bush, qui tentait là un retour au premier plan après une défaite en 2024. Preuve pour le site d’information politique qu’il existe une “limite” à la “colère” des électeurs démocrates contre Israël.
Aux États-Unis, un vent progressiste souffle sur le Parti démocrate
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