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Géopolitique

Dans le Sahara libyen, une nouvelle rébellion fragilise l’emprise du clan du maréchal Khalifa Haftar

L’Armée nationale libyenne, toute puissante en Cyrénaïque, voit son autorité de plus en plus contestée dans le Fezzan, province désertique riche en hydrocarbures.

Dans le Sahara libyen, une nouvelle rébellion fragilise l’emprise du clan du maréchal Khalifa Haftar
HaitiCreoleRadio.com

Le sud-ouest de la Libye est-il en train d’échapper au contrôle du maréchal Khalifa Haftar ? Le commandant suprême de l’Armée nationale libyenne (ANL), tout puissant en Cyrénaïque (Est libyen), voit son autorité de plus en plus contestée dans le Fezzan, province désertique et riche en hydrocarbures. Dimanche 12 juillet, une base aérienne que ses hommes contrôlaient près d’Al-Wigh, non loin de la frontière avec le Niger et du Tchad, a été attaquée par un groupe armé récemment constitué, la Chambre des opérations pour la libération du Sud (COLS), dirigé par Mohamed Wardougou.

Le bilan complet des opérations n’est pas connu, mais les images sont dévastatrices pour les forces de Benghazi : pick-up armés filant à pleine vitesse dans le désert, avant-postes incendiés et une quinzaine de prisonniers menottés sur une base militaire près d’Al-Wigh. En quelques heures, la COLS a fait une démonstration de force inédite, dont les conséquences sont encore difficiles à calculer. La zone est en effet au cœur des contrebandes de carburant, d’armes et de drogues. Le potentiel de déstabilisation est également important pour les zones septentrionales du Niger et du Tchad, elles-mêmes mal contrôlées par Niamey et N’Djamena.

La COLS est apparue récemment sur l’échiquier libyen. Le groupe a été fondé en janvier par Mohamed Wardougou, un chef de guerre issue de l’ethnie toubou. Implantée de part et d’autre des frontières, cette communauté a été l’une des premières à se soulever contre le régime de Mouammar Kadhafi dans la région du Fezzan, le vaste Sud-Ouest libyen, en 2011.

« Armée fantôme »

Mohamed Wardougou est lui-même issu d’une famille de révolutionnaires : son frère, Barka Wardougou, avait dirigé des groupes armés au Niger dans les années 1990, avant de participer à la guerre contre l’armée kadhafiste en 2011. Aujourd’hui, le chef de la COLS, joint par téléphone, explique au Monde avoir « lancé une révolution dans le Sud parce que Haftar et ses milices veulent imposer une nouvelle dictature ».

Après les offensives de son Armée nationale libyenne à l’été 2024, le maréchal Khalifa Haftar, déjà maître de l’Est et d’une partie du Sud libyen, avait consolidé son emprise sur le Fezzan. Le sud-ouest du pays était longtemps resté sous l’influence de milices liées aux différentes ethnies de la région – arabes, toubou et touareg – et devient désormais théâtre d’une nouvelle insurrection.

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Le 27 juin, posant devant une dizaine de pick-up, Mohamed Wardougou annonçait avoir ordonné à ses hommes de commencer à « cibler les camions de contrebande de carburant » et « saboter les lignes de communication » du clan Haftar. Depuis la fin du mois de mai, le groupe rebelle multiplie les communiqués de presse, tandis que Mohamed Wardougou, qui qualifie systématiquement l’ANL d’« armée fantôme », semble décidé à déplacer la bataille sur le terrain médiatique.

Interrogé par Le Monde sur ses motivations, Mohamed Wardougou dénonce le « pillage des richesses du Sud » et « l’imposition de taxes aux habitants », mais aussi « les portraits de Haftar et de ses fils accrochés dans toutes les villes qu’ils contrôlent ». Contactés, ni le ministère des affaires étrangères des autorités de Benghazi, ni l’ANL n’ont fait de commentaires.

« Le fait que le clan Haftar ait échoué à mettre un terme à cette rébellion fragilise le narratif selon lequel il contrôle fermement le Sud », souligne Wolfram Lacher, chercheur à l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité. L’action de Mohamed Wardougou dans le Sud profite aussi aux autres rivaux régionaux du clan Haftar.

« Arabes, Toubou et Touareg »

En plus de pouvoir se déplacer sur le territoire du Niger, où le groupe de Wardougou aurait établi des bases arrière, Wolfram Lacher estime probable que la COLS soit « soutenue et armée par Tripoli, notamment Abdeslam Zoubi », le vice-ministre de la défense d’Abdel Hamid Dbeibah. Entre les parties occidentale et orientale de la Libye, les positions sont pour l’heure gelées et les opérations militaires à l’arrêt.

« Il ne s’agit pas d’une simple insurrection toubou isolée », souligne Jalel Harchaoui, chercheur spécialiste de la Libye à l’institut britannique Royal United Services. Le groupe de Mohamed Wardougou bénéficierait d’une « aide financière » des réseaux du gouvernement de l’Ouest, rival de Benghazi, tandis que certains de ses hommes auraient été « entraînés et accueillis dans des camps de Tripoli », selon le chercheur.

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« Il n’y a aucune partie qui nous soutient, tout cela est faux », dément Mohamed Wardougou. De fait, peu d’informations sont disponibles sur les capacités matérielles de la COLS. Le chef rebelle explique simplement « récupérer une partie [de son équipement] sur les forces de Haftar ». Le 8 juillet, l’ANL a, de son côté, assuré voir saisi un millier de mitrailleuses lourdes et plus de 800 lance-roquettes dans une cache de la COLS.

Les effectifs et la composition du groupe rebelle sont aussi flous. Mohamed Wardougou assure que ses hommes sont « des fils du Sud » et que « toutes les composantes sont représentées : Arabes, Toubou et Touareg ». Après 2011, le Fezzan avait été marqué par les rivalités et les jeux d’alliance entre les trois grandes communautés, allant parfois jusqu’aux affrontements armés.

Driss Rejichi (Tunis, correspondance)

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