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Des armes biologiques créées via IA ? Même les patrons du secteur s’inquiètent

Avec 85 autres acteurs du milieu, les PDG des principales entreprises d’intelligence artificielle ont signé une lettre ouverte appelant à une plus grande régulation de la synthèse génétique. Leur crainte : que cette technologie, conjuguée avec le développement de l’IA, ne facilite la cr?

Des armes biologiques créées via IA ? Même les patrons du secteur s’inquiètent
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Technologie. Des armes biologiques créées via IA ? Même les patrons du secteur s’inquiètent

Sam Altman (OpenAI), Demis Hassabis (Google DeepMind) et Dario Amodei (Anthropic) ont deux choses en commun. La première, c’est d’être des PDG de poids lourds de l’intelligence artificielle (IA). La seconde, c’est d’avoir peur que ladite IA ne serve à créer des armes biologiques.

Avec 85 autres “spécialistes de la tech, de la biologie et de la sécurité nationale”, ils ont signé début juin une lettre ouverte appelant le Congrès “à réglementer plus strictement la synthèse génétique”, rapporte le média américain Vox.

La synthèse génétique est une technique servant à construire chimiquement des séquences d’ADN sur mesure, “au lieu d’utiliser uniquement celles qui existent dans la nature”, explique l’article.

Elle est déjà très utilisée, notamment dans la recherche médicale, pour créer de nouveaux vaccins par exemple. Mais Vox prévient que cette technologie “peut aussi servir à créer des agents pathogènes meurtriers en associant dans un autre ordre certains des mêmes nucléotides, c’est-à-dire les briques génétiques qui codent le vivant quel qu’il soit.”

Sauf que commander des séquences d’ADN synthétique semble plutôt facile. Les chercheurs doivent envoyer un fichier numérique à une entreprise spécialisée via son site Internet, “et ils expédient à votre adresse le matériel génétique physique”, résume le magazine américain Forbes.

Aux États-Unis, la plupart de ces entreprises vérifient que les séquences commandées ne sont pas dangereuses. Sauf que ce contrôle est facultatif. Il n’est donc pas exclu qu’une séquence problématique ne soit pas contrôlée.

Jusque-là, personne ne s’est servi de la synthèse génétique à des fins malveillantes. Mais l’IA risque de compliquer les choses. Grâce à elle, il est possible de créer des séquences entièrement nouvelles.

“C’est une aubaine dans l’industrie et la médecine, et un défi pour les systèmes actuels de contrôle, qui détectent le risque en s’appuyant sur la similitude avec des séquences dont la dangerosité est attestée”, note Vox.

“Le dépistage devrait repérer une personne qui commande des séquences d’un virus connu comme Ebola, par exemple, mais passera peut-être à côté d’un nouveau séquençage pouvant présenter un risque.”

Le média américain Vox

Pour l’instant, les systèmes de contrôle arrivent encore à suivre l’IA, a montré une étude publiée en 2025 dans la revue Science. Mais l’industrie a bien conscience que cela ne pourra pas être le cas indéfiniment.

Si, historiquement, “la création d’un agent biologique destructeur nécessitait d’avoir des connaissances rares et spécialisées au sein d’institutions”, relève Forbes, les modèles d’IA générative “disposent de ces connaissances et menacent de démocratiser cette expertise”.

Dans un “consensus qui est rare dans leur secteur”, les signataires de la lettre ouverte réclament “une stricte norme fédérale unifiée qui oblige les entreprises de biologie synthétique à contrôler l’identité de leurs clients, à vérifier que les séquences génétiques ne présentent pas de danger et à tenir des registres rigoureux des achats”, résume Forbes.

Cette lettre ouverte coïncide avec la mise en place du projet de loi “Biosecurity Modernization and Innovation Act of 2026”.

Proposé en février par le sénateur républicain Tom Cotton et la sénatrice démocrate Amy Klobuchar, il vise à “rendre obligatoire la vérification rigoureuse des clients et des commandes, tout en prévoyant des exemptions lorsqu’il est question de recherches habituelles et inoffensives”, écrit le magazine.

Il faut espérer que ces mesures seront suivies d’effets. Car, souligne Forbes, “l’existence même de cette lettre met en lumière la gravité de la situation”. La preuve étant que, pour une fois, les PDG de l’IA, qui sont, d’habitude, “prêts à pulvériser la concurrence pour innover les premiers”, sont soudainement tous d’accord.⏤

Camille Miloua Giraudeau
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