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Publié le 31/07/2026
Une planète géante autour de la fameuse « étoile de Tabby »
L’étoile KIC 8462852 est célèbre pour les extraordinaires variations de luminosité que les astronomes lui mesurent depuis plus de dix ans. De nouveau, le télescope spatial TESS a détecté infime baisse de son éclat. Celle-ci peut être causée par une très grosse planète tournant autour de l’étoile.
par Guillaume Langin
Journaliste à Ciel & Espace
Son comportement est si étrange que des astronomes sont allés jusqu’à vérifier qu’il ne s’agissait pas de vaisseaux extraterrestres lui tournant autour... Elle, c’est KIC 8462852. Une étoile plus connue dans sous le nom d’« étoile de Tabby », d’après le diminutif du prénom de Tabetha Boyajian, chercheuse américaine ayant révélé en 2015 les extraordinaires chutes de luminosité qui l’affectent. À l’époque, le télescope Kepler avait mesuré d’étranges fluctuations.
L’observatoire spatial avait permis de constater une baisse de 15% de l’éclat de l’étoile, en vigueur pendant plus d’une semaine entière ! Puis, d’étranges grésillements de lumière s’étaient manifestés pendant 80 jours consécutifs…
Avoir un petit creux
Aujourd’hui, Kepler a cédé sa place à TESS, un autre télescope spatial parti à la recherche de milliers d’exoplanètes. Dans les courbes de lumière de l’étoile de Tabby, la jeune astronome espagnole Cristina Madurga Favieres a identifié un petit creux qui n’avait pas encore été notifié. Celui-ci s’est produit le 3 septembre 2019. Il porte la marque caractéristique d’une exoplanète qui, lorsqu’elle passe devant une étoile, bloque une petite portion de sa lumière.
Mais alors, ce monde tout juste découvert en orbite autour de l’étoile pourrait-il avoir causé, ou contribué, à l’incroyable phénomène mesuré par Kepler au début des années 2010 ? « Non, répond Cristina Madurga Favieres de l’université de Warwick. Sa forme, sa profondeur et sa durée sont différents des fluctuations mesurées jusqu’alors. Les autres creux de lumière sont vraisemblablement l’œuvre d’exocomètes ». Autrement dit, des comètes, extérieures au Système solaire, tournant autour de l’astre.
L’étude qui annonce la détection est parue le 6 juillet 2026 dans la revue scientifique MNRAS. Elle décrit à quoi peut ressembler le compagnon de l’étoile. Il s’agirait d’un corps 70 % plus large et 5 à 14 fois plus massif que Jupiter. Ces dimensions indiquent qu’il sera soit une planète parmi les plus énormes connues dans le cosmos, soit une naine brune, un corps céleste qui est en quelque sorte une étoile ratée (qui ne brille pas).
Un transit en « pleine forme »
Bien qu’un seul transit de cet astre devant l’étoile ait été détecté, les astronomes sont parvenus à déduire en combien de temps il complète une révolution autour de l’étoile. « Sa période orbitale est de 1100 jours à plus ou moins 240 jours près » indique Flavien Kiefer, de l’observatoire de Paris, qui a participé à l’étude. « La forme du transit, et en particulier ses bords, qui correspondent aux instants d’entrée et de sortie du transit, nous informe quant à la vitesse de déplacement de la planète, sa taille et son inclinaison, poursuit l’astronome. »
Mais les scientifiques concèdent attendre une confirmation de leur découvert. Celle-ci pourrait se trouver dans les données du catalogue d’observation DR4 (pour « data release 4 ») issu du télescope spatial Gaia, qui doit paraître le 12 décembre 2026 et livrer les mesures de vitesses et de position effectuées sur des centaines de millions d’étoiles. « Gaia est adéquat pour détecter des planètes géantes et des naines brunes situées entre 1 et 3 ua [1 unité astronomique = la distance Terre-Soleil, ndlr]. La planète serait à 2,35 ua ! se réjouit Flavien Kiefer. En revanche la grande distance de l’étoile (à près de 1500 années-lumière) va réduire fortement la taille du mouvement astrométrique de l’étoile, induit par la planète ». En effet, Gaia mesure précisément la position des étoiles (c’est ce qu’on appelle l’astrométrie), et cela à plusieurs reprises assez espacées dans le temps. Or, si une planète gravite autour d’une étoile, sa force gravitationnelle la fait varier légèrement de position en se déplaçant sur son orbite. C’est ce que pourrait révéler DR4 pour l’étoile de Tabby.
En attendant d’en savoir plus, la planète poursuit son œuvre autour de l’étoile Tabby. « On pense que ce compagnon géant perturbe [par force gravitationnelle] les comètes et embryons de planètes en formation au point de provoquer des irrégularités dans leurs orbites. Cela pourrait aider à expliquer la complexité de ce système planétaire » commente Cristina Madurga Favieres. Rendez-vous à partir de décembre pour le fin mot de l’histoire.
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