Des tortues marines et des poissons équipés de mouchards espionneraient-ils les eaux chinoises ? “Traditionnellement, les histoires d’espionnage se déroulent au sommet d’un gratte-ciel, dans un laboratoire ou derrière un mur d’écrans d’ordinateur, avance le site d’information Fenghuang Wang. Mais elles peuvent aussi nous plonger dans les profondeurs marines.” C’est du moins l’objet d’un étonnant article publié sur la plateforme Weixin par le Guo’anbu, comme on appelle le ministère de la Sécurité de l’État chinois, lequel supervise entre autres les services secrets.
Selon le quotidien Zhongguo Ribao, il s’agit de mettre en garde contre “des services de renseignements étrangers [qui] collectent et volent continuellement des données maritimes sensibles grâce à divers nouveaux types d’équipements d’espionnage”. Fenghuang Wang ajoute :
“Parmi ces équipements, les plus surprenants sont les ‘tortues espionnes’ et les ‘poissons espions’.”
Il est fréquent, explique le site, que des animaux marins soient équipés de capteurs pour permettre aux scientifiques de mieux comprendre leurs routes migratoires, leurs profondeurs de plongée ou leurs zones d’alimentation. “Le problème est que la technologie peut servir la science mais aussi l’espionnage, tranche Fenghuang Wang. Ces animaux deviennent ainsi des sondes mobiles déguisées en ressources biologiques.”
De parfaits petits espions
Repris par le quotidien singapourien Lianhe Zaobao, le ministère chinois affirme que “des animaux marins relativement grands ont été trouvés dans une certaine zone maritime de Chine, équipés de capteurs qui collectent en temps réel des données sensibles […] et les transmettent à l’étranger par satellite”.
“C’est précisément là le nœud du problème, ajoute Fenghuang Wang. Des espions étrangers utilisent des animaux marins, se servent du prétexte de la science et de la protection écologique pour déployer du matériel dans des zones sensibles.”
Ce sont en effet de parfaits espions qui évoluent précisément “comme des poissons dans l’eau” avec des capteurs modernes “de plus en plus légers et sophistiqués”. D’où l’alerte sonnée par le Guo’anbu qui, selon le Lianhe Zaobao, estime que ces “institutions étrangères ont collecté ces données pour créer des ‘cartes sous-marines’ des eaux chinoises, lesquelles pourraient être utilisées pour identifier les faiblesses des défenses côtières et constituer une grave menace pour la sécurité nationale”.
Conflits potentiels
À cela il faut ajouter des techniques d’espionnage maritime plus classiques, énumère le Zhongguo Ribao. Le quotidien cite notamment les bouées de détection, dont des spécimens auraient été découverts dans les eaux chinoises après qu’ils furent déployés par un “institut de recherche océanographique étranger”. Elles étaient capables de dessiner “les ondes sonores environnantes et les signatures acoustiques des sous-marins chinois”.
Autre dispositif étranger identifié dans ses eaux territoriales par Pékin : des “planeurs de vagues” – un drone maritime plus connu sous le nom anglais de Wave Glider. Propulsé par les vagues, ce type de plateforme autonome est alimenté par l’énergie solaire pour ses systèmes de détection, de communication et de positionnement, explique le quotidien chinois :
“À ce titre, il peut recevoir des instructions en temps réel par satellite et transmettre des informations militaires sur l’activité des navires [chinois].”
L’heure est donc grave, avertit Fenghuang Wang : “Ces dispositifs d’espionnage technologique peuvent aussi permettre de détecter les gisements de pétrole et de gaz offshore, ce qui peut potentiellement déclencher des conflits concernant les droits d’exploitation des ressources.”
Accusations mutuelles
Mais au fait, qui se cache derrière ces fameux “espions étrangers” ? Jamais le Guo’anbu ne nomme un pays. Pour autant, la référence au Wave Glider lève une part d’ambiguïté : cette technique a été mise au point par Liquid Robotics, une filiale de l’américain Boeing – lequel bénéficie de juteux contrats militaires avec le ministère de la Défense de Washington…
Il y a trois mois, le site d’information indien The Print se félicitait ainsi de la production conjointe, par une firme indienne alliée à Liquid Robotics, de ces planeurs de vagues “utilisés par l’industrie pétrolière et gazière” mais aussi “pour des applications dans le domaine de la guerre”.
La publication du Guo’anbu chinois doit être envisagée dans le cadre de la guerre de communication à laquelle se livrent Pékin et les gouvernements occidentaux, lesquels s’accusent mutuellement d’espionnage depuis longtemps. Il y a trois semaines, un couple de nationalité allemande a été arrêté à Munich, “soupçonné d’avoir fourni à la Chine des informations sur des technologies de pointe à usage militaire”, rappelle Die Welt. Le 12 juin, c’est Pékin qui a révélé avoir arrêté un citoyen américain “pour des activités présumées d’espionnage compromettant la sécurité nationale de la Chine”, rapporte, à Washington, la National Public Radio.
Les Chinois diplômés à l’étranger vus comme de “potentiels espions”
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