Maintes fois annoncée par Donald Trump sans que cela se concrétise, la signature d’un accord entre les Etats-Unis et l’Iran pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient a cette fois reçu, samedi 13 juin, une caution. Le premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, dont le pays joue le rôle de médiateur entre les parties, a déclaré, sur X, s’attendre à la « finalisation » de cet accord « dans les prochaines vingt-quatre heures », et se préparer à sa « signature électronique » avant des « discussions techniques », dans la semaine.
Le président américain a ensuite assuré que la signature était « prévue » pour dimanche, jour de ses 80 ans. « Dès qu’il aura été signé, le détroit d’Ormuz sera ouvert à tous », a ainsi affirmé M. Trump sur son réseau, Truth Social. La diplomatie iranienne a, de son côté, évoqué, samedi, un accord dans « les prochains jours » mais pas dimanche, selon l’agence de presse gouvernementale Irna.
Depuis vendredi, Washington et Téhéran laissaient entrevoir une issue. Mais les versions d’un éventuel accord données par les médias iraniens et la Maison Blanche divergent. « Tant qu’un accord complet n’aura pas été conclu (…), on ne pourra affirmer avec certitude qu’un terrain d’entente a été trouvé », a rappelé le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghtchi.
D’après lui, le compromis prévoit la levée du blocus américain des ports iraniens et une nouvelle gestion du détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d’hydrocarbures. Elle est contrôlée par Téhéran depuis le début de la guerre, ce qui a fait flamber les prix du pétrole.
Un protocole en quatorze points
S’agissant de l’uranium enrichi, autre point central de ces laborieuses négociations, Donald Trump a affirmé que les Etats-Unis iraient le récupérer en Iran « le moment venu », alors que Washington affirmait jusqu’ici qu’un accord devrait aboutir au « démantèlement » du programme nucléaire iranien et permettre de récupérer cette matière fissile, qui serait détruite puis sortie d’Iran.
L’agence de presse iranienne Mehr avait publié, vendredi, un texte présenté comme une ébauche de protocole en quatorze points, remplissant une série de conditions de Téhéran, dont le droit à l’enrichissement d’uranium et le déblocage rapide de 24 milliards de dollars (20,75 milliards d’euros environ) de fonds iraniens gelés à l’étranger, demande clé de la République islamique asphyxiée économiquement par les sanctions.
Selon Donald Trump, samedi, les Iraniens, qui démentent vouloir se doter de l’arme atomique comme les en accusent les Etats-Unis et Israël, « ne veulent plus d’arme nucléaire ». Les Etats-Unis iront « quand tout sera calme (…) récupérer la poussière nucléaire, enfouie profondément » dans les montagnes afin de la diluer et de la détruire « en Iran ou aux Etats-Unis », a-t-il ajouté.
Le chef de la diplomatie iranienne avait préconisé la veille une dilution en Iran des stocks d’uranium enrichi à 60 %. Les diluer à un taux inférieur à 5 %, loin des 90 % requis pour fabriquer la bombe atomique, éloignerait considérablement la menace d’un programme nucléaire à des fins militaires.
Le Liban inclus dans l’accord en discussion
En Iran, la possibilité d’un tel règlement a suscité l’opposition de dirigeants conservateurs, hostiles à des concessions, notamment sur le contrôle du détroit d’Ormuz. Une vidéo montrant des dizaines de manifestants scandant des slogans contre le ministre des affaires étrangères a été diffusée, samedi soir, par une agence de presse iranienne.
Le conflit, déclenché par des frappes américano-israéliennes le 28 février avant un cessez-le-feu le 8 avril, a embrasé le Moyen-Orient, fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ébranlé l’économie mondiale. Donald Trump est sous pression aux Etats-Unis pour s’extraire d’une guerre impopulaire, à l’approche des élections de mi-mandat de novembre et en plein Mondial de football coorganisé par son pays.
Sur le Liban, autre volet majeur, un haut responsable américain a déclaré, vendredi, qu’il était bien inclus dans l’accord en discussion, comme réclamé par Téhéran. Washington avait auparavant dit vouloir dissocier ce dossier.
Le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le territoire israélien en soutien à l’Iran. Depuis, Israël pilonne son voisin, disant vouloir « éliminer » le mouvement chiite, qui cible, lui, ses positions et son territoire. L’armée israélienne a déclaré, samedi, avoir frappé en vingt-quatre heures « plus de 70 sites » liés selon elle au Hezbollah. Les frappes israéliennes ont fait plus de 3 700 morts depuis début mars, selon Beyrouth.