La décision “marque un revirement politique majeur qui allège la pression exercée sur Moscou au sujet de sa guerre avec l’Ukraine”, souligne The Wall Street Journal. Alors que le secteur pétrolier russe est soumis à des sanctions américaines depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, le président américain, Donald Trump, a annoncé, vendredi 9 octobre, avoir conclu un accord avec Vladimir Poutine pour importer immédiatement du diesel russe sur le marché américain.
Donald Trump, se félicitant d’une “discussion très fructueuse” avec son homologue russe, a déclaré que Moscou avait accepté d’expédier potentiellement des millions de tonnes de diesel au cours des prochains mois. “La Russie va immédiatement fournir plus de 300 000 tonnes de diesel au marché américain et mondial, 500 000 tonnes de plus en novembre et 1 000 000 de tonnes immédiatement après. Par ailleurs, selon l’état de ses raffineries, la Russie va livrer rapidement 3 000 000 tonnes de diesel”, a-t-il écrit sur son réseau Truth Social.
Le dirigeant républicain espère ainsi faire baisser les prix du carburant sur le marché intérieur à l’approche des élections de mi-mandat, le 3 novembre, décrypte le quotidien. “Les prix du diesel pour les Américains et, en réalité, pour le monde, VONT BAISSER RAPIDEMENT DANS DES PROPORTIONS RECORD ! Des prix plus bas pour les Américains et surtout nos formidables paysans, éleveurs et transporteurs routiers, c’est ma plus grande priorité”, a-t-il ajouté.
Quelques minutes après l’annonce de Donald Trump, le ministère des Finances américain a déclaré qu’il levait les sanctions sur les exportations russes de diesel “afin de permettre l’approvisionnement du marché mondial en diesel russe”. Cette annonce accorde aux producteurs d’énergie russes une licence générale leur permettant de vendre du diesel jusqu’en avril 2027.
“Quantités faibles”
Cette mesure survient “quelques semaines seulement” avant les élections de mi-mandat “décisives” aux États-Unis, note The Financial Times. Et “alors que Trump et le Parti républicain peinent à répondre aux inquiétudes des électeurs face à la flambée des prix du gazole et de l’essence”, explique le Wall Street Journal.
Toutefois, “même si M. Poutine exportait autant de diesel que l’affirme M. Trump, les quantités resteraient faibles par rapport à la demande mondiale pour ce carburant”, avertit The New York Times. La consommation mondiale de diesel et de carburants apparentés s’élève à environ 30 millions de barils par jour, contextualise le journal. Or, “l’accord porterait vraisemblablement sur environ 72 000 barils de diesel en octobre, 124 000 en novembre et entre 240 000 et 720 000 les mois suivants, si la Russie était effectivement en mesure d’honorer ses engagements, a déclaré Kevin Book, directeur général de ClearView Energy Partners, un cabinet d’études basé à Washington.”
La décision “pourrait faire baisser quelque peu les prix” mais “aligne de fait Washington sur Moscou, à l’encontre de l’Ukraine et de ses frappes aériennes contre les infrastructures énergétiques russes”, observe The Washington Post.
Cet “allègement considérable” des sanctions imposées à la Russie “profitera bien davantage au président russe Vladimir Poutine qu’aux Américains”, souligne The New Republic.
Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a critiqué l’accord annoncé par Donald Trump, affirmant que tout assouplissement des sanctions contre la Russie ferait le jeu de Moscou et prolongerait la guerre entre les deux pays, tout en soulignant que des négociateurs ukrainiens se trouvaient en Floride pour rencontrer des responsables américains afin de discuter de la fin de la guerre avec la Russie. “Les cadeaux à Poutine n’apporteront ni la paix ni aucun bénéfice au monde civilisé. La Russie ‘payera’ le diesel par davantage de terreur et de perfidie”, a écrit Volodymyr Zelensky sur X. “Autoriser la Russie à vendre des produits pétroliers, c’est investir dans une guerre qu’il faut arrêter, et non prolonger.”
L’accord a aussi “immédiatement” suscité la condamnation des démocrates, “qui ont critiqué la gestion par Trump des prix du gaz et de la politique étrangère”, rapporte le Washington Post. “Trump fait un pacte avec le diable pour tenter de sauver sa fortune politique chancelante, exacerbée par les prix du diesel incroyablement élevés causés par sa propre guerre imprudente et illégale au Moyen-Orient”, a écrit sur X le chef de la minorité sénatoriale, Chuck Schumer.
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