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Duke Lacroix : Grenadier d’une dynastie de footballeurs

Trois générations de sa famille ont quitté Haïti pour le New Jersey, sans jamais pouvoir y retourner. À 32 ans, après une décennie passée dans l’ombre du football (soccer) américain, Duke Lacroix portera enfin le maillot no 13, du pays de ses parents, au Mondial.Sa grand-mère a été la

Duke Lacroix : Grenadier d’une dynastie de footballeurs
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13 juin 2026
Duke Lacroix : Grenadier d’une dynastie de footballeurs
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Duke Lacroix : Grenadier d’une dynastie de footballeurs

  • by Rezo Nodwes
  • 12 juin 2026
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Trois générations de sa famille ont quitté Haïti pour le New Jersey, sans jamais pouvoir y retourner. À 32 ans, après une décennie passée dans l’ombre du football (soccer) américain, Duke Lacroix portera enfin le maillot no 13, du pays de ses parents, au Mondial.

Sa grand-mère a été la première à traverser l’Atlantique. Ses parents ont suivi, quittant les environs de Port-au-Prince pour le New Jersey. Lui est né en Amérique et, comme toute sa famille, n’a jamais pu poser le pied en Haïti. À 32 ans, après une décennie passée dans l’ombre du football américain, Markhus « Duke » Lacroix portera pourtant le maillot du pays de ses parents au Mondial 2026. L’arrière gauche du Colorado Springs Switchbacks est l’un des plus beaux symboles de la Diaspora haïtienne aux États-Unis.

Trois générations, un seul drapeau
Duke Lacroix voit le jour le 14 octobre 1993 à New Egypt, dans le New Jersey, au sein d’une famille nombreuse : deux grands frères, une nuée de cousins, tantes et oncles. La maison familiale, notamment chez sa grand-mère à Asbury Park, baignait dans la culture haïtienne. « On grandit dans un foyer où le créole se parle », confie-t-il au magazine de son ancienne université, évoquant la cuisine du pays sur la table et l’amour du football qui soudait les siens. C’est là, tout petit, qu’il a tapé ses premiers ballons.

Trois générations portent en elles cet ADN haïtien. La grand-mère paternelle, Lisa, fut la première à s’installer dans le New Jersey, devenant le pilier de toute la famille. Ses parents, Mariel et Patrick Lacroix, sont nés près de Port-au-Prince avant d’émigrer aux États-Unis. Et pourtant, aucun d’eux n’a pu retourner au pays. Comme tant de familles de la Diaspora, les Lacroix vivent leur haïtianité de loin, à des milliers de kilomètres d’une terre qu’ils chérissent sans pouvoir la fouler.

Chez les Lacroix, le football est un héritage qui se transmet. Le père, Patrick, a joué au niveau universitaire aux États-Unis ; c’est lui qui a offert à Duke son premier ballon, avant même qu’il ne sache marcher. Le grand frère, Keon, a suivi la même voie, servant de modèle au cadet. Suivre leurs traces, les imiter, apprendre d’eux : telle fut, de son propre aveu, sa première initiation au ballon rond. Et les dimanches en famille se terminaient souvent par un match improvisé dans le jardin.

Du côté haïtien, c’est l’oncle Max qui a joué les aiguillons. Pendant des années, il a harcelé gentiment son neveu : « Quand est-ce que tu vas jouer pour Haïti ? », lui répétait-il, comme le raconte Duke au site de l’USL Championship. Quand la première convocation est enfin tombée, l’émotion a submergé toute la famille. « Je crois que mon père a pleuré. Ma mère hurlait au téléphone », se souvient le joueur dans la presse américaine. Une trentaine de cousins, tantes et oncles se réunissent désormais à chacune de ses sélections.

Un parcours d’exception, loin des projecteurs
Le parcours de Duke Lacroix sort de l’ordinaire. Boursier d’un programme pour jeunes talents défavorisés, A Better Chance, il intègre une école préparatoire huppée, la Lawrenceville School, où il brille au football comme en athlétisme. Puis il rejoint l’université de Pennsylvanie, à Philadelphie, dans la prestigieuse Ivy League, le cercle des plus grandes universités américaines. Il y devient le seul joueur de l’histoire de cette ligue à être élu à la fois meilleur débutant et meilleur joueur offensif, avant d’en sortir diplômé en sociologie.

L’homme ne s’est jamais contenté du terrain. Il a bâti des maisons en Haïti avec une organisation caritative, encadré des enfants dans le New Jersey et milité pour les droits des joueurs aux États-Unis. Aujourd’hui fiancé, Duke Lacroix voit le destin lui faire un clin d’œil : la famille de sa future épouse vit à Foxborough, dans le Massachusetts, là même où Haïti affrontera l’Écosse le 13 juin 2026. Mais, comme toute sa lignée, il défendra un pays qu’il n’a jamais vu, l’insécurité empêchant tout voyage et la sélection de jouer chez elle.

Une décennie pour mériter les Grenadiers
Sur le terrain, le chemin a été long. Après quatre ans à l’université, Duke Lacroix s’est lancé dans un véritable marathon à travers les divisions du football américain : Ocean City, Indy Eleven, Orange County, Reno, où il se reconvertit en arrière gauche, puis Sacramento. Depuis 2023, il porte les couleurs du Colorado Springs Switchbacks, en deuxième division américaine, la USL Championship. Avec ce club, il décroche en 2024 le premier titre de champion de son histoire, après plus de dix ans de persévérance discrète.

Le rêve haïtien, lui, a failli ne jamais se concrétiser. Approché par la Fédération dès 2019, Lacroix voit son dossier de passeport se perdre dans les méandres administratifs, en pleine pandémie. Quatre ans plus tard, le pays le recontacte. Cette fois, il remue ciel et terre, se rend jusqu’à un consulat en Virginie pour obtenir son passeport haïtien, et honore enfin sa première sélection le 13 juin 2023, face à Saint-Kitts-et-Nevis. Le sort s’acharne pourtant : il se blesse au genou dès ce match et manque la Gold Cup qui suit.

Le défenseur finit par s’imposer. Il inscrit son premier but international le 9 juin 2024, lors d’un large succès face à la Barbade, puis marque contre Sint Maarten dans la course au Mondial. Acteur clé des éliminatoires, disputés loin d’Haïti, à Curaçao, pour raisons de sécurité, il participe pleinement à l’exploit du 18 novembre 2025 : une victoire 2-0 sur le Nicaragua qui qualifie les Grenadiers pour la Coupe du monde 2026. En préparation, le 2 juin 2026, il a encore marqué, d’une frappe enroulée, lors d’un succès 4-0 sur la Nouvelle-Zélande.

Reste le sommet. Avec son coéquipier Carl Sainté, Duke Lacroix est devenu l’un des deux premiers joueurs de la USL Championship à disputer une Coupe du monde. Le destin, encore, lui sourit : la sélection prépare le tournoi près de Philadelphie, sur le campus de son ancienne université, là où tout a commencé pour lui. Le 13 juin 2026, près de Boston, face à l’Écosse, l’enfant du New Jersey défendra le pays de sa grand-mère Lisa, de ses parents et de son oncle Max. Un pays qu’il n’a jamais vu, mais qu’il porte, depuis toujours, dans son sang.



Fiche d’identité
Nom : Markhus « Duke » Lacroix
Naissance : 14 octobre 1993 à New Egypt, New Jersey (États-Unis) ; 32 ans
Origines : parents (Mariel et Patrick) nés près de Port-au-Prince ; trois générations de la Diaspora haïtienne aux États-Unis
Nationalités : américaine et haïtienne
Profil : arrière gauche (aussi ailier), environ 1,75 m
Club : Colorado Springs Switchbacks (États-Unis, USL Championship, n°14)
Formation : Lawrenceville School, université de Pennsylvanie (Penn, Ivy League), diplôme de sociologie
Parcours pro : Ocean City Nor’easters, Indy Eleven, Orange County SC, Reno 1868, Charlotte Independence, Sacramento Republic, Colorado Springs Switchbacks
Palmarès : champion du USL Championship 2024 (1er titre du club)
Sélection : Haïti ; débuts le 13 juin 2023 face à Saint-Kitts-et-Nevis ; premier but le 9 juin 2024 face à la Barbade
Famille : fiancé ; grande famille (parents, deux frères dont Keon, grand-mère Lisa, oncle Max, une trentaine de cousins)

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