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En Algérie, les tortures des militaires français lors de la guerre hantent encore les esprits : « La France nous a tous trop fait souffrir »

Les mémoires blessées de la guerre d’indépendance (1/3) : Trop tard pour le pardon. Des rescapés des exactions de l’armée française lors du conflit pour la libération de l’ancienne colonie retracent leur histoire et celle de leurs proches, et se montrent résignés ou répugnent à l’

En Algérie, les tortures des militaires français lors de la guerre hantent encore les esprits : « La France nous a tous trop fait souffrir »
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Algérie, les mémoires blessées de la guerre d’indépendance

Algérie, les mémoires blessées de la guerre d’indépendance

En Algérie, les tortures des militaires français lors de la guerre hantent encore les esprits : « La France nous a tous trop fait souffrir »

Par Florence Beaugé (Alger, Batna, Constantine, envoyée spéciale)
Publié aujourd’hui à 19h00

Temps de Lecture 8 min.

Loin de se combler, le fossé s’est creusé des deux côtés de la Méditerranée depuis le brusque réveil de mémoire sur la guerre d’Algérie, au début des années 2000. Les crises à répétition qui secouent Alger et Paris depuis 2024 alimentent rancœur et incompréhension en Algérie et ne laissent pas entrevoir de réconciliation durable. Florence Beaugé, journaliste qui a couvert l’Algérie pour Le Monde entre 2000 et 2010, est retournée dans le pays et nous décrit, dans une série en trois volets, l’étendue de cette incompréhension et de cette douleur.

Elle avait trois rêves : mourir un 1er novembre, jour anniversaire du déclenchement de la guerre de libération de l’Algérie ; être enterrée près d’une ruelle « afin d’entendre bavarder les gens qui passent » ; et que l’on vienne un jour sur sa tombe lui dire tout bas : « Baya, tu as gagné ! Le monde entier sait enfin ce qu’ont enduré les femmes algériennes pendant les sept années de guerre contre l’armée française. »

De ces trois vœux, seuls les deux premiers ont été exaucés. Baya Laribi, dite « Baya la Noire » en raison de la couleur de sa peau, est morte d’une crise cardiaque le 1er novembre 2017, à l’âge de 81 ans. Elle repose aujourd’hui dans le cimetière de Boufarik, une localité de la Mitidja, située à une trentaine de kilomètres d’Alger.

Les habitants se plaisent dans cette jolie petite ville datant de l’époque coloniale et le disent. Pas de barres d’immeubles en béton. Des façades embellies. Peu de paraboles aux fenêtres. Des arbres et de la verdure. Des nids de cigogne en quantité. Ici aussi, comme à Alger et ailleurs, l’effort de végétalisation entrepris ces dernières années est perceptible. En ce vendredi, jour de week-end musulman, l’atmosphère est détendue, et le cimetière Ben Dris se transforme en lieu de promenade familiale. Tandis que résonne le chant du muezzin, grands-mères en hidjab noir et petites filles en survêtement rose déambulent gaiement entre les tombes. Celle de Baya se situe le long d’une allée, comme elle l’avait souhaité.

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