Environ 20 000 personnes ont convergé vers Erfurt pour tenter de s’opposer à la tenue du congrès du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), en tête des intentions de vote.
L’alliance des contre-manifestants baptisée « Résistance » a bloqué les accès à l’agglomération de l’est du pays, où certains ont procédé à la descente en rappel d’un pont autoroutier, tandis que plusieurs groupes se rassemblaient sur les principaux axes et les places du centre-ville, selon des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP).
La plupart des délégués de l’AfD ont, toutefois, réussi à rejoindre le centre où doit se tenir le congrès du parti, selon la police. Celui-ci a commencé à l’heure.
« Il est important d’envoyer un signal contre la dérive vers la droite », témoigne Lene Krug, 19 ans, originaire de Gera, à l’est d’Erfurt. « L’AfD est un parti antidémocratique qui diffuse la haine », ajoute la jeune élève infirmière, dont c’est la toute première manifestation.
Quelques échauffourées ont été signalées, mais les manifestations se sont globalement déroulées dans le calme. Des milliers de policiers ont été déployés pour l’occasion. « Exprimer des opinions est légitime (…) La violence et la casse ne le sont pas », a insisté, vendredi, le maire CDU (droite) d’Erfurt, Andreas Horn, dans un message vidéo.
A l’ordre du jour du congrès, figure la réélection des coprésidents de l’AfD, Alice Weidel et Tino Chrupalla, qui ont fait de ce parti hostile à l’immigration et prorusse la première force d’opposition du pays, lors des législatives de 2025.
Provocation délibérée
Pour les détracteurs de l’AfD, combattre ce parti est un devoir, du fait du passé nazi et des efforts qu’il déploie, selon eux, pour mettre fin à la politique de mémoire et de contrition de l’Allemagne. Certains voient dans la tenue du congrès de l’AfD à Erfurt, le jour même du 100e anniversaire de celui du parti nazi dans la ville voisine de Weimar une provocation délibérée, ce que la formation dément, évoquant un hasard du calendrier.
A l’ouverture du congrès, Tino Chrupalla s’en est pris aux manifestants, estimant qu’ils avaient été « amenés de tout le pays par les partis de l’establishment dans des camions ». « Ils protestent contre la prise de décision démocratique. Ils pensent être les seuls garants de la démocratie », a-t-il déclaré.
Certains membres de l’AfD semblaient presque se réjouir de la perspective d’une confrontation. « Le compte à rebours vers la guerre civile à Erfurt est lancé », a écrit cette semaine sur X la députée AfD Beatrix von Storch, lançant à ses adversaires : « Vous n’avez que la violence. Nous avons les arguments. »
L’Allemagne a longtemps résisté à l’essor électoral de l’extrême droite, mais la crise migratoire de 2015, les violences islamistes, les crimes commis par des étrangers et une profonde crise du modèle économique allemand ont alimenté sa popularité, en particulier dans l’Est. L’AfD peut même espérer prendre le contrôle d’un, voire deux Länders orientaux, en septembre, à l’occasion d’élections régionales, ce qui serait une première.
« Je n’aurais jamais pensé qu’un parti de la droite radicale deviendrait le plus fort en Allemagne de mon vivant », confie Manfred Guellner, directeur de l’institut de sondage Forsa.
Ce genre de face-à-face n’est pas une première. En novembre 2025, 25 000 manifestants ont tenté d’empêcher la tenue, à Giessen (Ouest), du congrès fondateur de la jeunesse de l’AfD. Des affrontements avec la police avaient éclaté, mais le rassemblement du parti avait finalement pu avoir lieu.