“Les Turcs d’Allemagne doivent-ils faire leurs valises ?” s’interroge un journaliste d’origine turque vivant en Allemagne sur le site de la chaîne progouvernementale CNN Türk. “ [L’ancienne chancelière] Angela Merkel s’est dite surprise par les résultats, pas nous. Le racisme en Allemagne est quelque chose à quoi nous avons toujours été habitués”, dénonce ce journaliste, qui évoque les difficultés pour trouver un logement ou un emploi en Allemagne quand on porte un nom à consonance turque.
L’auteur considère comme prévisibles les scores élevés obtenus, lors des récentes élections régionales dans plusieurs Länder d’ex-RDA, par le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui proclame notamment son désir de faire “remigrer” les “étrangers illégaux”, en attendant le tour des résidents venus de Turquie. Mais il souligne également que les Turcs ne sont “plus des invités dans ce pays, [ils sont] présents dans tous les domaines – le sport, l’économie, l’art, la gastronomie”. Et il faut garder à l’esprit que, malgré la percée historique de l’extrême droite en Saxe-Anhalt et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, 60 % des électeurs restent hostiles à l’AfD.
Les 3 à 4 millions de personnes d’origine turquie installées en Allemagne oscillent entre le désespoir et la colère, rapporte Deutsche Welle Türkçe. “Certains envisagent de fermer leur commerce et de quitter l’Allemagne. Mais ce sont, bien sûr, des réactions émotionnelles. […] Dans les faits, la plupart attendent de voir”, témoigne Gökay Sofuoglu, coprésident de la Türkische Gemeinde in Deutschland (Communauté turque d’Allemagne), une association indépendante du pouvoir turc. Son appel, à la suite des élections en Saxe-Anhalt, à mieux protéger les minorités ethniques, mais aussi les juifs et les personnes LGBTQI, lui a valu de recevoir des lettres de menaces, ajoute-t-il.
Une future maire de Berlin ?
Les “Almanci” (comme on désigne en Turquie, de manière un peu péjorative, les personnes de nationalité ou d’origine turque établis en Allemagne) les plus pieux sont probablement ceux qui ont le plus à perdre en cas de futures victoires de l’AfD, estime T24. Le média en ligne rappelle que le parti d’extrême droite promet de lutter contre le port du voile et de la burqa, les appels à la prière et le financement public des mosquées.
T24 consacre également un portrait à Elif Eralp, juriste de 45 ans, tête de liste du parti de gauche Die Linke, arrivé en tête à Berlin, et possible future maire de la ville. Démise de son poste d’infirmière dans la fonction publique à cause de son engagement à gauche, sa mère avait fui la Turquie à la suite du coup d’État militaire de 1980, alors qu’elle était enceinte de huit mois, en compagnie de son père, médecin et syndicaliste. Le couple avait voyagé avec de faux passeports et dans des compartiments de train différents pour minimiser les risques d’arrestation, rapporte le site d’actualités.
Sur sa liste de Die Linke à Berlin se trouve également, en troisième position, Betül Havva Yilmaz, une universitaire turque présente depuis un peu moins de dix ans en Allemagne. Elle avait pris la décision de s’installer dans le pays alors qu’elle était en séjour universitaire, rapporte le quotidien de gauche Evrensel, lorsqu’elle avait appris son licenciement et l’annulation de son passeport, dans le cadre de la purge contre les enseignants de gauche en Turquie.
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