Pendant deux semaines, les habitants de Tembilahan ont vécu au rythme des attaques d’un macaque à longue queue, conduisant à la fermeture de dizaines d’écoles. Il aura fallu un drone thermique, des carabines à air comprimé et une cage de plus d’un mètre de haut pour capturer l’animal – d’autres pourraient avoir été impliqués. Au total, dix-huit personnes ont été blessées, certaines grièvement, par des morsures et des griffures ayant nécessité plusieurs dizaines de points de suture.
Classé sur la liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le macaque à longue queue n’est pourtant pas considéré comme un danger pour l’homme. Selon Kompas, ces agressions ne peuvent pas être vues comme de simples accidents, mais sont “le signe d’un déséquilibre de l’écosystème forestier dans la région”.
Pour Daniel Johan, membre de la Chambre des représentants indonésienne (DPR), ces incursions répétées pourraient signifier que les animaux ne trouvent plus suffisamment de nourriture dans leur habitat naturel, “que ce soit en raison du recul des forêts, de changements dans la couverture des sols ou d’autres formes de dégradation de l’environnement”, explique-t-il à Kompas.
Le député appelle à une enquête approfondie sur l’état des forêts autour du district, ainsi qu’à une meilleure gestion des espaces forestiers et à la création de zones tampon. “Ce qui s’est passé à Tembilahan doit nous rappeler que préserver les forêts, c’est aussi contribuer directement à la sécurité de la population.”
Fauve sauvage dans les villages
Le phénomène dépasse largement le seul cas de Tembilahan. En Asie du Sud-Est, les rencontres entre humains et animaux sauvages se multiplient, notamment dans les régions où la déforestation, les changements d’usage des terres et les incendies réduisent l’espace de vie des bêtes, relève le quotidien singapourien Straits Times.
À Indragiri Hilir, l’une des plus grosses régions productrices de noix de coco, les plantations commerciales s’étendent sur des kilomètres d’anciennes zones forestières et marécageuses. Selon le site d’information local Kilas Riau, cette transformation des paysages s’accompagne d’incursions d’animaux sauvages multipliées dans les zones habitées : les sangliers se sont habitués aux villages, les singes et les crocodiles s’aventurent plus fréquemment à proximité de la population, des tigres sont même parfois signalés.
Pour les habitants, ces rencontres à répétition sont devenues un indicateur visible de la dégradation de leur environnement. “C’est un signe qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans notre nature”, témoigne ainsi l’un d’eux auprès de Kilas Riau.
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