Muhammad Gholam El-Habot enfile délicatement une paire de gants blancs sur ses mains fines et se lance dans sa tournée d’inspection. Ce jour-là, la fraîcheur règne sous le haut plafond de la bibliothèque, au milieu des rayonnages métalliques.
Il ouvre un épais manuscrit imprimé en arabe, feuillette les fragiles pages brunes pour vérifier leur état, puis referme l’ouvrage avec un grondement satisfait. Il laisse courir ses doigts un instant sur les ridules de la couverture de cuir et dépose précautionneusement le livre dans un carton blanc.
“Ces livres sont très importants pour ma famille et moi”, explique le conservateur dans la lumière éclatante du soleil de midi, qui darde ses rayons à travers les portes ouvertes. Muhammad s’exprime en hassaniya, l’arabe mauritanien. Sa voix est douce, ses phrases hésitantes et poétiques. “J’ai avec eux la relation d’un père avec son fils, reprend-il. Nous devons les protéger jusqu’à ce que Dieu prenne cette terre et tous ceux qui y vivent.”
La bibliothèque de la famille El-Habot est l’une des rares encore ouvertes à Chinguetti, ville médiévale fortifiée (ou ksour) de la région de l’Adrar, dans [le centre] de la Mauritanie. Cet ancien carrefour commercial, qui fut aussi un haut lieu de la culture islamique entre le XIIIe et le XVIIe siècle, a a
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