Le prêche de l’imam vient tout juste de se terminer, mercredi 16 septembre au soir, lorsque des hommes s’avancent par grappes dans la pénombre face à la grande mosquée d’Al-Tall, petite bourgade perchée dans les montagnes qui surplombent la capitale, Damas. Un drapeau syrien est déroulé, des écriteaux préalablement imprimés sont extraits un à un d’un sac noir, puis tendus fièrement devant les téléphones des passants qui filment la scène. « Nous sommes ici pour appeler le gouvernement à reconsidérer sa décision en raison de l’impact de celle-ci sur la vie des gens », explique Ammar Al-Salhani, habitant de la localité et docteur en économie, diplômé de l’université de Damas, petites lunettes sur le nez et chemise blanche cintrée.
Dimanche 13 septembre, les autorités syriennes ont augmenté subitement le prix de l’essence de 40 % pour compenser la fluctuation des marchés internationaux liée à la guerre en Iran. Le jour même, des manifestations ont éclaté spontanément dans les villes et les campagnes, du nord-est du pays jusque dans les régions occidentales, notamment à Rakka, à Hassaké, à Deir ez-Zor, à Idlib et à Saraqeb, avant de se prolonger les jours suivants. Des blocages ont également eu lieu sur des axes stratégiques traversant le pays, ainsi que sur la route menant aux installations pétrolières d’Al-Omar, dans l’est. Il souffle depuis, en Syrie, un vent de contestation inédit, y compris dans des zones considérées comme acquises au pouvoir du président de transition, Ahmed Al-Charaa.
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