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En Thaïlande, le poison invisible des mines birmanes menace le Mékong et ses riverains

Pour alimenter la transition énergétique mondiale, l’extraction sauvage des minéraux critiques a explosé en Birmanie. Elle entraîne une crise environnementale et sanitaire dans les rivières du nord de la Thaïlande qui alimentent le Mékong.

En Thaïlande, le poison invisible des mines birmanes menace le Mékong et ses riverains
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En Thaïlande, le poison invisible des mines birmanes menace le Mékong et ses riverains

Par Brice Pedroletti (Thaton et Mae Sai [Thaïlande], envoyé spécial)
Publié aujourd’hui à 17h00

Temps de Lecture 7 min.

C’est une ondulation sans fin de collines boisées d’où surgit, à travers les brumes tropicales, une rivière large et puissante, la Kok. Depuis sa source dans l’Etat Shan, en Birmanie, elle serpente vers le sud, franchit la frontière thaïlandaise et atteint Thaton, un bourg paisible où son lit est enjambé par l’unique pont de la région.

Ici, l’eau est un fleuve de vie. Pour les 20 000 habitants des communautés ethniques locales, la Kok accompagne l’existence de la naissance à la mort. On y apprend à nager avant de savoir marcher, on y pêche, et, chaque année, trois festivals rituels voient des radeaux d’offrandes agricoles honorer son esprit. Mais depuis l’hiver 2024-2025, la prodigieuse générosité de cet affluent majeur du Mékong s’est brisée. La Kok transporte désormais un poison invisible : l’arsenic et les métaux lourds.

« Dans certains endroits, des arbres sont morts ou ne donnent plus de fruits. Le riz pousse mal », raconte Saengrawee Suweerakan, dite « Saeng », militante locale pour les droits des populations ethniques. Un pêcheur de Thaton, Kriengsak Nongwai, montre des marques rouges qui ont brûlé sa peau pendant trois mois. « Je ne pêche plus dans la Kok, je me cantonne aux petits affluents », confie-t-il. Plus au nord, le long de la rivière Sai, puis de la Ruak, qui dessine la frontière jusqu’au Mékong, les mêmes symptômes alarment les riverains. « On n’ose plus toucher l’eau, ça gratte et ça provoque des plaques rouges », témoigne Tongkam Inprom, un riziculteur de la ville frontalière de Mae Sai.

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