Les autorités turques ont lancé, le dimanche 13 septembre, la plus vaste opération anti-LGBTQI de leur histoire. À travers 15 provinces du pays, les forces de l’ordre ont cherché à interpeller 162 personnes lors d’opérations conjointes, rapporte l’agence de presse officielle Anadolu. Les locaux de 9 associations ont été perquisitionnés et une quinzaine de bars et boîtes de nuit, la plupart stambouliotes, ainsi qu’un hammam pour hommes, ont fait l’objet d’opérations de police spectaculaires, relayées en vidéo sur les réseaux sociaux. Au moins une soixantaine de personnes auraient été arrêtées.

Courrier international

Cette semaine, nos articles sont

en accès libre

dans l’application

À lire aussi : Droits humains. “Combattre la perversion” : en Turquie, l’étau se resserre autour des LGBTQI

Les motifs légaux invoqués pour ces opérations varient ; les personnes arrêtées sont notamment poursuivies pour diffusion de contenus obscènes, incitation à la prostitution, ou détention de stupéfiants.

“Les pervers qui empoisonnent nos familles”

Ce grand coup de filet, baptisé “Ma famille en sécurité”, s’inscrit dans le cadre de la politique du président conservateur, Recep Tayyip Erdogan, qui a déclaré que la décennie 2026-2035 était celle “de la famille”, rappelle l’agence.

À l’unisson de la presse progouvernementale, le quotidien Yeni Akit a applaudi cette “révolution” contre “les pervers qui empoisonnent nos familles” et s’est réjoui de l’interdiction d’accès à plusieurs sites de militants et d’associations LGBTQI et du blocage de plus de 70 profils Instagram, comptes YouTube et pages Facebook.

À lire aussi : Droits humains. Campagne électorale en Turquie : les LGBTQ, nouvelle cible d’Erdogan

Le quotidien Sabah s’en est également félicité, soulignant que l’opération visait aussi à interrompre le flux de “millions de dollars venant de l’étranger” pour des associations de défense des droits LGBTQI. Et le média de citer “l’ambassade de France en Turquie” parmi les donataires visés.

“Les militants attendent dans la peur”

Le président Erdogan n’a de cesse d’exhorter les familles turques à avoir “au moins 3 enfants”, parce que l’indice de fécondité s’effondre en Turquie – il est actuellement de 1,42 enfant par femme –, principalement en raison de la crise économique et de l’explosion des inégalités. Mais le leader islamo-nationaliste a coutume, depuis sa campagne de 2023, de mettre les échecs de sa politique nataliste sur le dos des personnes LGBTQI, accusées de s’attaquer à la “famille turque”.

“Quelle famille est en sécurité ? interroge le quotidien de gauche Birgün. Celle du responsable d’une association de solidarité fondée par les parents d’enfants LGBTI + arrêté en pleine nuit et placé en garde à vue avec sa famille ? Celle d’une personne vivant avec le VIH et dont l’accès aux soins a été interrompu ?” s’indigne le média, qui rapporte que plusieurs des associations visées se consacraient exclusivement à la lutte contre la propagation du virus du sida et à l’aide aux personnes atteintes de la maladie.

À lire aussi : Société. Une croisière LGBTQI refoulée de Turquie et d’Égypte au nom de la “famille” et de la “morale”

“Il s’agit d’une campagne coordonnée d’intimidation et de répression visant les personnes LGBTI + et leurs organisations. Les opérations se poursuivent. Les militants attendent dans la peur, sans savoir qui sera la prochaine cible”, dénonce un éditorial du média en ligne prokurde Numedya24.

Le média déplore les opérations qui visent à “uniformiser la société”, alors que “le véritable problème de sécurité, ce sont les violences domestiques, les féminicides, l’impunité et les discriminations qui menacent la vie des femmes et des personnes LGBTI + ”. “Ma famille n’est pas en sécurité”, dénonce-t-il, avant d’en appeler à la solidarité nationale et internationale. “Le silence ne protège personne. Au contraire, il ne fait qu’encourager la répression.”