Le destin de Zhanna Kravtchuk s’est joué à peu de chose. Dans son cas, il a suffi d’un train manqué à la gare de Lviv, où elle était en déplacement, vendredi 28 août. Son retour était prévu dans la soirée. Elle se trouve à bord du train suivant lorsqu’elle apprend qu’un bombardement russe vient de frapper Myla, son village situé le long d’une autoroute, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Kiev. Son mari, Vitaly, 52 ans, ne répond pas au téléphone. En arrivant à proximité de la zone encore en plein chaos, on l’informe qu’il a été tué par une explosion alors qu’il s’était réfugié avec une autre personne, dont le corps n’a pas été identifié, dans un abri à côté de leur maison.
Deux jours plus tard, le lundi soir, les cheveux couverts d’un fichu noir, Zhanna Kravtchuk déblaye et tente de ramasser, avec un ami, les restes de sa maison, dont la façade a été détruite. Les meubles, calcinés, ont été projetés à travers le jardin. Zhanna Kravtchuk est en colère. Contre la Russie, évidemment, qui a déclenché l’invasion du pays cinq ans plus tôt, tué des dizaines de milliers de personnes et qui continue de bombarder et de ravager le pays, mais aussi contre son propre gouvernement. Car les autorités ont rapidement admis que le site frappé par les Russes était un dépôt de munitions, installé dans une infrastructure civile située à une centaine de mètres en face de chez elle.
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