Nous faisons souvent l’erreur de croire que nous ne pensons qu’avec notre cerveau. Certes, celui-ci est le siège de nos processus cognitifs, mais, contrairement aux systèmes d’intelligence artificielle, nous avons un corps… De nombreuses études neuroscientifiques nous ont appris que ce dernier influence considérablement notre pensée. Ce champ d’étude porte le nom de « cognition incarnée », ou « embodied cognition », un terme qui renvoie explicitement au fait que la cognition est intrinsèquement située et liée au corps et aux expériences vécues.
Grâce à la neuro-imagerie fonctionnelle, Ferdinand Binkofski, de l’université d’Aix-la-Chapelle (Allemagne), a pu montrer que la présentation visuelle d’un objet que l’on peut potentiellement tenir en main active automatiquement les aires prémotrices et le cortex pariétal postérieur, impliqués dans la manipulation réelle de cet objet. Cette préactivation peut s’avérer utile pour préparer l’action à réaliser avec cet objet, mais cela peut également représenter un coût, lorsque la consigne n’implique pas l’action. Ainsi, Jillian Filliter et ses collègues de l’université Dalhousie, à Halifax, au Canada, ont établi que cette activation automatique de la représentation motrice pour les objets manipulables augmente le temps nécessaire pour dénommer ces objets.
Ainsi, devant l’image d’une casserole, vous serez plus lents pour prononcer le mot « casserole » que si l’on vous montre un immeuble, uniquement parce que votre cerveau a pris le temps d’activer la représentation de l’action qui consiste à utiliser la casserole, alors que cela n’était absolument pas nécessaire pour la tâche de dénomination ! Cela va même plus loin puisque Patricia Gough, de l’université de Parme (Italie), a retrouvé un effet tout à fait similaire en l’absence de toute représentation visuelle de l’objet mais simplement face au mot écrit lui correspondant.
Interaction dynamique
Leurs résultats montrent clairement que le simple fait de lire le nom d’un objet manipulable active de manière irrépressible l’action qui y est associée, donc le cortex moteur en plus des aires impliquées en lecture ! L’action réelle ou sa représentation peut donc influencer la cognition, mais, au-delà de l’action, c’est tout le corps qui peut affecter nos processus intellectuels et mnésiques.
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