Jean Luc Navette
François d’Assise, le saint contemporain
François d’Assise, le saint contemporain
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François d’Assise, du mépris à l’adoration : la douloureuse fabrique de la sainteté
Par Jérôme Gautheret (Assise et Florence [Italie], envoyé spécial)Récit« François d’Assise, le saint contemporain » (6/6). Depuis son retour d’Egypte, François n’est plus un frère parmi d’autres. Nimbé d’une aura surnaturelle, il souffre de l’institutionnalisation de son ordre grandissant, sans s’y opposer frontalement.
Jusqu’ici, on s’est contenté d’observer l’histoire du point de vue de François. Mais tentons un instant de renverser la perspective, et d’observer le phénomène franciscain depuis un autre point de vue : celui du pape Innocent III, l’homme assis sur le trône le plus prestigieux de la chrétienté, au moment où il va recevoir en son palais douze pénitents venus d’Assise et décider de leur devenir. Dans les récits de vie illustrés de François, qui se sont multipliés dans toute l’Europe dès le lendemain de sa canonisation, en 1228, ce pape n’apparaît que comme une abstraction, voire un comparse. Or c’est très injuste, car, sans lui, rien n’aurait été possible.
En ce printemps 1209, il est dans la onzième année de son pontificat, mais ce n’est pas un vieillard, loin de là. Il n’a pas 50 ans. La grande affaire de son apostolat, c’est la lutte contre les hérésies et les formes déviantes de pratiques chrétiennes. Rien ne permet d’imaginer qu’il accueillera avec bienveillance les membres de cette fraternité d’un genre nouveau.
Avant cet entretien, François et ses compagnons ont dû être longuement préparés par leur « parrain », l’évêque d’Assise, Guido, et le puissant cardinal Jean de Saint-Paul, qui accueille les frères. « On peut supposer que les pénitents, qui ressemblaient à des “hommes des bois” et devaient en avoir aussi l’odeur, furent lavés, rasés et peignés avant d’être présentés au souverain pontife. On peut également juger probable que pour l’occasion, les frères eurent à porter des sandales pour se présenter devant le pape qui n’aimait pas voir les religieux se déplacer pieds nus », écrit le médiéviste Sylvain Piron dans François et ses frères (Ed. La Tempête, 336 pages, 22 euros).
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