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Groupes autodéfense armés : le responsable de l’Académie de Police et un professeur à l’Université d’Ottawa analysent le phénomène

Les groupes d’autodéfense armés : entre mécanismes alternatifs de sécurité et spectre d’insécurité permanente en Haïti, par Figaro Aurélus et Stephen Baranyi, respectivement cadre supérieur de la Police nationale d’Haïti (PNH), responsable l’Académie nationale de Police (ANP) et

Groupes autodéfense armés : le responsable de l’Académie de Police et un professeur à l’Université d’Ottawa analysent le phénomène
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9 juillet 2026
Groupes autodéfense armés : le responsable de l’Académie de Police et un professeur à l’Université d’Ottawa analysent le phénomène 
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Groupes autodéfense armés : le responsable de l’Académie de Police et un professeur à l’Université d’Ottawa analysent le phénomène 

  • by Rezo Nodwes
  • 9 juillet 2026
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Les groupes d’autodéfense armés : entre mécanismes alternatifs de sécurité et spectre d’insécurité permanente en Haïti, par Figaro Aurélus et Stephen Baranyi, respectivement cadre supérieur de la Police nationale d’Haïti (PNH), responsable l’Académie nationale de Police (ANP) et professeur à l’École de développement international et mondialisation à l’Université d’Ottawa.

Lors de sa visite en Haïti le 16 juin 2026, le Secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres dénonce l’expansion du contrôle territorial des gangs, les graves violations des droits humains qui en découlent, le déplacement forcé d’environ 1,5 millions de personnes, etc. Mais il précise : La plus grande honte n’est pas la violence des gangs. La plus grande honte, c’est l’indifférence, celle d’un monde qui a trop longtemps regardé ailleurs (Alterpresse, 2026). Concrètement, le Secrétaire général appelle la communauté internationale à redoubler ses efforts pour déployer la Force de répression des gangs (FRG) et financer des mesures humanitaires complémentaires.

La crise qui sévit depuis de nombreuses années en Haïti révèle les défaillances des forces de sécurité nationales et internationales qui peinent à juguler la violence et la criminalité des bandes armées. Préoccupés par cette situation, certains membres de la collectivité s’organisent en formant des groupes armés en vue d’assurer leur propre protection. Dans les médias, on appelle communément ces entités des groupes d’autodéfense ou les brigades de vigilance. Ces groupes d’autodéfense qui pullulent en Haïti, semblent bénéficier d’un large soutien populaire et d’une grande légitimité au sein de la société (GI-TOC, 2025). Cette acceptation grandissante, souvent imposée, parfois volontaire ou tacite, semble favoriser dans une large mesure les activités de ces groupes.

En effet, les groupes d’autodéfense haïtiens formés pour assurer la protection des communautés, deviennent, en 2025, des acteurs importants dans la lutte contre l’insécurité en Haïti. Ils apportent, selon le GI-TOC (2025), un soutien opérationnel notable à la Police Nationale d’Haïti (PNH), en particulier à Kenscoff, Pacot, Canapé-Vert, Tabarre et dans le département du Centre et de l’Artibonite où les combats font souvent rage entre les gangs armés et la police. Ils compensent, dans certains territoires occupés, l’incapacité des forces de police haïtiennes et internationales à maintenir une présence constante sur le terrain.

Toutefois, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies, les groupes d’autodéfense ciblent parfois des civils dans des vagues de représailles ou d’exécutions extrajudiciaires. L’intensification de cette dynamique est observée entre mars et juin 2025, notamment dans le département de l’Artibonite. A titre d’exemple : le massacre des présumés partisans du gang Grand Grif, perpétrés par la Coalition de Jean-Denis dans la localité de Préval, pendant lequel environ 55 personnes sont tuées, décapitées ou brûlées vives, en constitue une preuve (GI-TOC, 2025).

À l’instar de nombreux acteurs silencieux de la société haïtienne, Romain Le Cour Grandmaison s’inquiète de l’évolution désorganisée des brigades qui pourraient se convertir en des groupes armés autonomes, difficilement contrôlables, parfois proches des logiques de gangs (RFI.FR, 2025). La littérature retient que les brigades peuvent constituer une menace à la sécurité publique dans leur course aux armements (Edouard et al., 2017).

En fait, les groupes d’autodéfense peuvent apporter un support considérable aux forces de sécurité nationales et internationales qui combattent les gangs armés sur le terrain. Ils peuvent participer à la consolidation des territoires récupérés et s’activer parfois aux côtés des forces de l’ordre. Ces groupes peuvent pénétrer dans des milieux que les forces régulières n’atteignent pas encore; ils peuvent aller jusqu’à revendiquer des conquêtes d’espaces, après d’âpres combats engagés avec des gangs armés. Toutefois, certaines organisations des droits humains, des voix autorisées de la société civile, et même des citoyens ordinaires dénoncent régulièrement des cas d’abus et des exactions commis par les groupes d’autodéfense qui prennent de plus en plus de l’ampleur. 

Le cas de la Coalition des révolutionnaires pour sauver l’Artibonite est une belle illustration de la mince frontière entre autodéfense et criminalité. Si certains rapports la présentent comme un groupe d’autodéfense qui lutte contre le gang Gran Grif dans l’Artibonite, d’autres la décrivent comme un gang s’adonnant à l’extorsion et ciblant précisément les civils (Gazette Haïti, 2025). En outre, il est rapporté que le groupe d’autodéfense de Piatre, créé pour protéger les terres et investissements en matière de conflits fonciers, aurait installé, à l’instar des gangs, des péages le long de la Route nationale #1 afin d’obtenir le financement de leurs activités (Pelligrini & Arocha, 2026). Face à cet état de fait, d’aucuns craignent que ces brigades ne se transforment en des groupes subversifs ou tout simplement en des gangs armés, au même titre que ceux qu’ils combattent. La trajectoire des groupes armés dirigés par les nommés Krisla, Chen Mechan ou Ezequiel, entre autres, semble confirmer cette tendance (GI-TOC, 2025, р.16).

Tenant compte de ces considérations, il revient à poser la question suivante comment encadrer les groupes d’autodéfense (les brigades) et éviter leur transformation en une menace constante à la sécurité en Haïti ? Qu’est-ce qui doit être fait pour encadrer ou réorienter les nombreuses brigades qui opèrent dans divers endroits du pays afin d’éviter leur reconversion à des fins néfastes ? Comment insérer les groupes d’autodéfense dans un processus de construction de paix ?

Cette étude tente de déterminer la meilleure stratégie d’encadrement des brigades de vigilance en Haïti. Utilisant la recherche documentaire, elle rassemble des données et analyses provenant de Burkina Faso, du Nigeria et du Mexique où ces groupes sont très répandus. Ces derniers ont émergé dans les deux pays d’Afrique de l’Ouest à cause de la méfiance et du mécontentement des citoyens à l’encontre des autorités publiques et de leur incapacité à répondre efficacement à la violence et à la criminalité dans leurs pays. On y retrouve des organisations qui ressemblent étrangement à la police ; elles portent l’uniforme, ont une hiérarchie et adoptent des codes bureaucratiques. Elles organisent des patrouilles mixtes avec la police, en lui soumettant régulièrement des rapports, à l’instar de Vigilante Services of Nigeria (VGN) que l’on retrouve dans des pays africains affectés par des conflits récurrents (Fourchard, 2018). Dans ces pays, les stratégies de sécurité reposent dans une large mesure sur une combinaison d’accords formels et informels, établis entre les autorités publiques et les prestataires de sécurité non gouvernementaux.

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