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HAÏTI | KENSCOFF — Le gouvernement « est debout » : à chaque massacre son communiqué, à chaque communiqué les mêmes mots

KENSCOFF — L’État est « debout », proclame le gouvernement d’Alix Fils-Aimé; pourquoi la population continue-t-elle de tomber ? PORT-AU-PRINCE, 24 août 2026 — « Le Gouvernement est debout. » Les morts, eux, sont couchés. À Kenscoff, des familles comptent leurs disparus et leurs cada

HAÏTI | KENSCOFF — Le gouvernement « est debout » : à chaque massacre son communiqué, à chaque communiqué les mêmes mots
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24 août 2026
HAÏTI | KENSCOFF — Le gouvernement « est debout » : à chaque massacre son communiqué, à chaque communiqué les mêmes mots
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HAÏTI | KENSCOFF — Le gouvernement « est debout » : à chaque massacre son communiqué, à chaque communiqué les mêmes mots

  • by Rezo Nodwes
  • 24 août 2026
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KENSCOFF — L’État est « debout », proclame le gouvernement d’Alix Fils-Aimé; pourquoi la population continue-t-elle de tomber ?

PORT-AU-PRINCE, 24 août 2026 — « Le Gouvernement est debout. » Les morts, eux, sont couchés. À Kenscoff, des familles comptent leurs disparus et leurs cadavres ; à la Primature, l’État compte encore ses verbes : protéger, sécuriser, intervenir, poursuivre, neutraliser. Après la nouvelle tuerie, le communiqué officiel promet que « Kenscoff ne cédera pas », que les forces sont placées en « état d’alerte maximale » et que « l’autorité du Gouvernement sera rétablie ». Le lexique est martial, presque victorieux. Mais une interrogation s’impose à la lecture même du document : si l’autorité doit être “rétablie”, à quel moment et dans quelles circonstances l’État reconnaît-il l’avoir perdue ?

Le communiqué possède surtout quelque chose de terriblement familier. Over and over. Massacre, compassion. Massacre, réunion. Massacre, renforts. Massacre, « ordres clairs ». Massacre, promesse de neutralisation. Puis vient l’attente, jusqu’au prochain communiqué. La bureaucratie de l’indignation semble avoir trouvé son formulaire : changer la date, adapter le nom du quartier, conserver les verbes. Pourtant, derrière cette mécanique rédactionnelle, demeure une réalité autrement plus sévère : qui répond politiquement de l’échec lorsque la même population doit être, massacre après massacre, de nouveau “sécurisée” ?

Le directeur général de la Police reste à son poste. Le Premier ministre reste à son poste. Le ministre de l’Intérieur reste à son poste. Le ministre de la Défense reste à son poste. Et Kenscoff enterre encore ses morts. Voilà peut-être l’absurdité institutionnelle que le communiqué ne peut dissimuler sous l’emphase de « l’alerte maximale ». Si l’alerte est maximale après le carnage, quel était donc son degré avant que les assaillants ne frappent ? Si « les ordres sont clairs » aujourd’hui, lesquels étaient appliqués hier ? Et si les criminels ne doivent obtenir « ni trêve, ni refuge, ni impunité », combien ont effectivement été arrêtés, déférés devant la justice et condamnés à l’issue des précédentes opérations annoncées avec la même solennité ?

La formule la plus saisissante demeure : « La population doit garder confiance. » La confiance publique ne se décrète pourtant pas par communiqué ; elle procède de résultats vérifiables, de responsabilités assumées et d’institutions capables de prévenir plutôt que de commenter les catastrophes après leur accomplissement. À force de convoquer l’autorité après chaque tragédie, le pouvoir donne l’impression d’administrer moins la sécurité que l’après-massacre : réunion urgente, communiqué ferme, condoléances officielles, promesse de riposte — puis recommencement. Une sorte de Sisyphe gouvernemental, sauf que ce n’est plus un rocher que l’on remonte éternellement : ce sont des cercueils.

Et voici déjà le prochain acte que l’on pourrait presque écrire avant la Primature : réunion urgente du Conseil supérieur de la Police nationale, évaluation de la situation à Kenscoff, instructions formelles aux forces de l’ordre, renforcement des dispositifs, engagement renouvelé du gouvernement à restaurer l’autorité de l’État. Over and over. Les mots avancent en colonne serrée ; les gangs, eux, n’ont jamais appris à lire les communiqués. Lorsqu’un gouvernement doit continuellement proclamer qu’il « est debout », la satire finit par rencontrer une interrogation constitutionnelle et politique beaucoup moins drôle : combien de morts faudra-t-il encore pour que “rester debout” cesse de désigner le maintien des responsables à leurs postes et commence enfin à signifier la protection effective des citoyens ?

« Kenscoff ne sera pas abandonnée. Haïti ne sera pas livrée aux bandits. La République vaincra », conclut la Primature. Peut-être. Mais une République ne vainc pas parce qu’un communiqué l’annonce. Elle vainc lorsque les citoyens cessent de mourir pendant que l’État leur promet, une fois de plus, qu’il va commencer à les protéger.

Port-au-Prince, le 24 août 2026. — Le Gouvernement haïtien exprime sa profonde compassion aux familles endeuillées et à toutes les victimes de l’odieuse agression criminelle perpétrée à Kenscoff. Face à cette ignominie, le Gouvernement, sous l’autorité directe du Premier ministre, Son Excellence Monsieur Alix Didier Fils-Aimé, se tient aux côtés de chaque Haïtien éprouvé, dans la douleur et dans la dignité.

Mais que l’on ne s’y trompe pas : ce deuil est aussi un défi. Et à ce défi, le Gouvernement répond par la force de la loi et par l’exercice légitime de la force publique.

Toutes les forces de sécurité sont placées en état d’alerte maximale. Des renforts sont déployés. Les ordres sont clairs : protéger, sécuriser, intervenir. L’autorité du Gouvernement sera rétablie, sans faiblesse et sans délai, sur l’ensemble du territoire de Kenscoff.

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