Volodymyr Zelensky l’a annoncé le 29 juillet. Alors qu’il quittait Washington après avoir assisté aux obsèques du sénateur républicain Lindsey Graham − qui a œuvré pour convaincre Trump d’aider Kiev −, le président ukrainien s’est entretenu avec Emmanuel Macron et a “évoqué la catastrophe naturelle qui touche la France”, signale sur son site la chaîne d’information 24.

D’après le dirigeant, “l’Ukraine est toujours prête à aider ceux qui l’aident en ces années de lutte contre l’agression russe”. À la suite de cela, “les sauveteurs ukrainiens sont partis pour la France le matin du 31 juillet, explique la chaîne Souspilné. Ils seront à pied d’œuvre le 1er août.”

Une délégation expérimentée

“Nos professionnels peuvent contribuer à l’extinction de l’incendie”, a assuré Zelensky. Les autorités ukrainiennes disent agir conformément au mécanisme de protection civile de l’Union européenne (UE), ainsi que l’a souligné pour Souspilné le ministre de l’Intérieur, Ivan Vyhivskiy. Bien que l’Ukraine ne soit pas un État membre de l’UE, le pays compte parmi les partenaires de ce mécanisme, comme l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, l’Islande, la Macédoine du Nord, la Moldavie, le Monténégro, la Norvège, la Serbie et la Turquie.

Selon l’ordre de mission de Zelensky, Kiev envoie donc en France “70 pompiers et 15 véhicules spécialisés”. Le ministre “a discuté en détail avec son homologue français, Laurent Nuñez, du travail qui sera fourni par l’équipe ukrainienne”, et il promet de ne pas en rester là si nécessaire :

“En cas de besoin supplémentaire, l’Ukraine est disposée à envoyer en France des avions du ministère des Situations d’urgence pour aider à maîtriser les incendies.”

Les sauveteurs ukrainiens ont une véritable expérience “dans les opérations extrêmement complexes, ajoute Souspilné, en particulier dans la lutte contre les incendies de grande envergure, comme ceux dus aux attaques russes, et dans des missions de recherche et de sauvetage”.

Une menace pour la défense aérienne ukrainienne ?

Outre cette manifestation de solidarité envers la France, pays considéré comme un allié de premier plan, certaines sources ukrainiennes laissent également entendre qu’il est tout à fait dans l’intérêt de Kiev que ces incendies de forêt dans l’Hexagone cessent au plus vite. Car le sinistre se rapprocherait de “sites de production de missiles”, résume l’émission d’information TSN.

La publication en ligne spécialisée Defense Express propose une analyse plus détaillée de la question. “Un incendie de grande ampleur menace la majorité des géants de la défense française”, prévient le site, qui précise :

“C’est un problème non seulement pour la France elle-même, mais aussi pour l’Europe occidentale et pour l’Ukraine, car cela pourrait affecter sa défense antiaérienne.”

La région bordelaise est en effet un pôle clé des secteurs de l’aéronautique et de l’aérospatiale. La société Roxel, une filiale de MBDA, a par exemple son siège social à Saint-Médard-en-Jalles, à une vingtaine de kilomètres à l’est de la commune du Temple, récemment encerclé par les flammes. Or, “Roxel produit des moteurs à carburant solide pour des missiles” comme “l’Aster 30, destiné aux systèmes antiaériens SAMP-T” utilisés en Ukraine pour contrer les missiles balistiques russes. “Il n’est pas exclu que Roxel cesse ses activités pour évacuer son équipement, s’inquiète Defense Express. La reprise du travail après la fin des feux de forêt nécessitera un certain temps. Tout cela pourrait avoir pour conséquence de freiner la production de missiles antiaériens et leur livraison […] à l’Ukraine.”