Il a juré « de respecter fidèlement la Constitution et les lois de la Colombie ». L’avocat millionnaire Abelardo de la Espriella a officiellement pris la présidence de la Colombie, vendredi 7 août, déterminé à combattre les guérilleros et le narcotrafic, un changement de cap qui resserre les liens du pays avec Washington.
Elu le 21 juin, ce novice en politique, allié du président américain Donald Trump et représentant de l’extrême droite, a prêté serment à Cali (sud-ouest), troisième ville du pays. Un lieu inhabituel, car les présidents colombiens sont traditionnellement investis dans la capitale, Bogota.
Abelardo de la Espriella a, lui, choisi une ville marquée récemment par des attentats revendiqués par des guérillas, près de territoires contrôlés par des groupes armés à l’origine de la pire vague de violence qu’ait connu le pays sud-américain depuis une décennie.
Il succède au premier président de gauche de l’histoire de la Colombie, Gustavo Petro, pour un mandat de quatre ans. L’homme de 48 ans, qui aime se faire appeler « El tigre » (« le tigre », en français), entend mettre fin aux pourparlers de paix par lesquels le président sortant a tenté, sans succès, de négocier le désarmement des organisations impliquées dans le narcotrafic, dans un pays qui est le premier producteur mondial de cocaïne.
« A en juger par les annonces qu’il a faites, il va gouverner d’une main ferme. J’espère qu’il n’y aura pas une nouvelle vague de violence », a déclaré à l’Agence France-Presse Oscar Obando, 67 ans, écrivain public, avant l’investiture.
Une prise de fonction sous haute sécurité
La ville a pour l’occasion été placée sous haute protection, avec le déploiement de 11 000 militaires et la mise en place d’un système anti-drones pour protéger les invités, principalement des dirigeants de la droite latino-américaine.
Une dizaine de chefs d’Etat, dont ceux de l’Argentine, du Chili et de l’Equateur, ainsi que des délégués de la Maison Blanche, emmenés par le procureur général des Etats-Unis, et plusieurs ministres des affaires étrangères, dont celui d’Israël, ont assisté à l’événement.
Le président de la FIFA, Gianni Infantino, était également présent. Mercredi, le gouvernement sortant avait mis en garde contre de possibles « actes terroristes » le jour de l’investiture.
Gustavo Petro, qui a renoncé à participer à la cérémonie, a quitté vendredi la résidence présidentielle, au cœur de la capitale, accompagné d’une partie de sa famille et de ses collaborateurs. Son camp a appelé à des manifestations dans les principales villes du pays, après avoir perdu les élections en juin avec une marge historiquement faible, de moins d’1 %. Dans l’après-midi, des centaines de personnes manifestaient pacifiquement à Bogota et à Barranquilla (nord).
Avocat connu, Abelardo de la Espriella a fait irruption dans la campagne et vite conquis des soutiens avec ses rassemblements spectaculaires et ses discours prononcés derrière une vitre blindée, ponctués d’un salut militaire en hommage aux forces de l’ordre. Son arrivée au pouvoir fait pencher encore davantage à droite l’Amérique latine, engagée dans une guerre antidrogue menée par Donald Trump.
Pas de majorité au Parlement
Le président américain a apporté son soutien à l’avocat et homme d’affaires, promettant des relations « comme jamais auparavant » entre Bogota et Washington, après des tensions marquées sous le gouvernement Petro. De la Espriella a annoncé qu’il romprait les relations diplomatiques avec le Nicaragua et Cuba.
Privé de majorité dans un Parlement divisé, le nouveau président a promis d’intensifier les bombardements contre les camps de la guérilla, avec le soutien d’Israël et des Etats-Unis, ou encore de construire des prisons de grande capacité, comme au Salvador, pour lutter contre la criminalité.
Bogota et Washington ont entretenu, au début des années 2000, une étroite collaboration militaire, qui a renforcé l’offensive armée contre des guérillas, comme celle des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxiste), laquelle a fini par signer un accord de paix en 2016.
Mais il hérite de forces armées confrontées à une « capacité limitée » en nombre d’hommes et à un « manque d’équipement », relève Renata Segura, de l’ONG International Crisis Group. L’experte s’inquiète d’éventuels « dommages collatéraux » touchant des civils si la grosse artillerie est déployée contre des groupes armés « très enracinés dans les communautés ».
« C’est, à mon avis, un acte de provocation », estime Julian Martinez, avocat et ancien militaire de 38 ans, à Cali. « Les groupes armés peuvent penser “Voyons qui est le plus courageux et le plus fort” », redoute ce dernier.