Israël souhaite mener avec le Liban de nouvelles négociations, plus ambitieuses, sous médiation américaine, a déclaré, samedi 15 août, un porte-parole du premier ministre, Benyamin Nétanyahou, après des frappes israéliennes qui ont fait neuf morts, dont des femmes et des enfants, dans le sud du Liban, selon l’Agence nationale de l’information (NNA) libanaise. Il s’agit du bilan le plus meurtrier depuis la trêve conclue en juin avec Beyrouth.
Une frappe a été menée « par des avions de combat ennemis contre une maison » située à la périphérie du village d’Ansar, a rapporté la NNA. Une autre a eu lieu dans le village de Deir Zahrani, à une vingtaine de kilomètres de là. Le ministère de la santé libanais a rapporté que sept personnes avaient péri à Ansar, « dont trois enfants et deux femmes ». Quatre personnes ont aussi été tuées et 17 blessées, « dont un enfant et 11 femmes », à Deir Zahrani, a fait savoir le ministère, revoyant à la hausse un précédent bilan.
« Les frappes israéliennes contre le Hezbollah devraient relancer les négociations et les rendre beaucoup plus sérieuses, et non produire l’effet inverse », a affirmé à l’Agence France-Presse le porte-parole de M. Nétanyahou, Doron Spielman, mettant en avant que les deux pays avaient comme ennemi commun le mouvement chiite.
« Les femmes et les enfants qui ont été tués ne sont pas des cibles militaires »
Selon l’armée israélienne, la frappe contre le village libanais d’Ansar visait un commandant du Hezbollah. Elle a affirmé avoir « frappé un quartier général central de la force Radwan », une unité d’élite du Hezbollah, ajoutant que la frappe avait tué « Ali Samir Al-Haj Hassan, commandant d’un bataillon de la force Radwan ».
La frappe n’a pas visé une « infrastructure militaire », avait dénoncé le premier ministre libanais, Nawaf Salam. « Les femmes et les enfants qui ont été tués ne sont pas des cibles militaires », a-t-il assuré, après que l’armée israélienne avait affirmé avoir visé « des infrastructures terroristes du Hezbollah ». L’armée israélienne a confirmé que « la famille de Hassan se trouvait avec lui à l’intérieur du quartier général militaire », mais a affirmé que celle-ci « n’était pas la cible de la frappe ».
Ces frappes « ont été menées en réponse à une grave violation de l’accord par le Hezbollah, après qu’il a attaqué nos forces à l’intérieur de la zone de sécurité convenue », a écrit sur X la lieutenante-colonelle Ella Waweya, porte-parole en langue arabe de l’armée israélienne.
Dénonçant « la mort d’une famille entière dans le village d’Ansar », le président libanais, Joseph Aoun, a condamné l’« attaque israélienne » et les « violations répétées de l’accord-cadre (…) et du droit international protégeant les civils », qui envoient un « message clair concernant le processus de négociation », a affirmé son cabinet.
A Ansar, un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP) a vu un bâtiment entièrement détruit ainsi qu’une piscine et des voitures endommagées, alors que des secouristes sortaient des corps des décombres.
Le Hezbollah menace d’une « riposte appropriée »
Le Hezbollah a menacé samedi d’une « riposte appropriée » et a exhorté Beyrouth à mettre fin aux négociations « humiliantes » menées avec Israël depuis avril. « L’ennemi israélien doit comprendre que ses agressions (…) et tentatives d’imposer un fait accompli ne peuvent se poursuivre, et recevront la riposte appropriée, en défense du Liban », a déclaré le groupe pro-iranien dans un communiqué.
Le Liban a été entraîné au début de mars dans le conflit entre l’Iran et les Etats-Unis, quand le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à Téhéran, après l’offensive américano-israélienne lancée en février contre la République islamique. Israël a mené en représailles de nombreuses frappes aériennes au Liban et déployé des troupes dans le sud du pays, faisant plus de 4 300 morts, selon les autorités libanaises.
Si la violence a nettement diminué depuis la signature d’un protocole d’accord entre les Etats-Unis et l’Iran en juin, puis d’un accord-cadre entre le Liban et Israël, Beyrouth signale toutefois des frappes et des destructions israéliennes ponctuelles.
L’accord-cadre entre Israël et le Liban conclu en juin prévoit le désarmement du Hezbollah, un retrait progressif des forces israéliennes du sud du Liban et le déploiement de l’armée libanaise dans la région, en commençant par des « zones pilotes ». Le Hezbollah dénonce régulièrement cet accord.