Israël a riposté, tôt lundi 8 juin, aux tirs de missiles menés la veille par l’Iran, tous interceptés par les systèmes de défense de l’Etat hébreu. L’armée israélienne a dit avoir visé « des cibles dans l’ouest et le centre de l’Iran ». Après cent jours de guerre et deux mois d’un cessez-le-feu déjà très fragilisé, la région menace de s’embraser une nouvelle fois, bien que le président américain, Donald Trump, assure vouloir négocier un accord avec Téhéran.
Jérusalem s’est réveillé au son d’explosions alors que retentissait une alerte aérienne et que l’armée faisait état d’une nouvelle salve de missiles iraniens la visant – la troisième en moins de vingt-quatre heures.
Quelques heures plus tôt, des explosions avaient retenti à Téhéran et dans les villes de Tabriz et d’Ispahan, a annoncé la télévision d’Etat iranienne, tôt lundi, au moment où l’armée israélienne annonçait que son aviation avait bombardé l’Iran. Elle avait prévenu qu’elle frapperait la République islamique « avec force » en représailles aux tirs vers Israël de deux vagues de missiles.
L’ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, Yechiel Leiter, a précisé que des sites de lancement de missiles sol-sol ainsi que « des infrastructures non liées au secteur énergétiques » avaient été visés, accusant l’Iran d’avoir tiré onze missiles balistiques vers son pays lors des deux premières vagues de missiles. « Aucun pays qui se respecte ne tolérerait une telle attaque », a martelé le diplomate sur X.
De son côté, Téhéran avait présenté ces attaques comme un « avertissement », en représailles à un bombardement israélien sur la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement islamiste pro-iranien Hezbollah, qui a fait deux morts et 20 blessés malgré une trêve théoriquement conclue entre le Liban et Israël mais largement bafouée.
« Le régime terroriste iranien a commis une grave erreur en choisissant une nouvelle fois la voie du terrorisme », avait averti, après les tirs de missiles iraniens, le général de brigade Effie Defrin, le porte-parole de l’armée israélienne, lors d’une allocution télévisée.
C’est la première fois que l’Iran tire des missiles contre Israël depuis le cessez-le-feu du 8 avril. Mais les négociations entre Washington et Téhéran n’ont depuis pas abouti et aucune issue ne semble en vue pour une guerre qui a embrasé le Moyen-Orient et fait vaciller l’économie mondiale. L’Iran et les Etats-Unis se sont déjà attaqués plusieurs fois ces derniers jours autour du détroit d’Ormuz.
Donald Trump mécontent
Selon le média Axios, Donald Trump s’est entretenu, dimanche soir, avec le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, afin de le dissuader de riposter et de ne pas mettre en péril un éventuel accord avec Téhéran. Aucun compte rendu officiel de cet échange n’a été diffusé.
« Nous sommes sur le point de conclure un accord définitif avec l’Iran. Ce sera un bon accord. Je ne veux pas qu’il tombe à l’eau à cause de ce qui se passe actuellement », a affirmé le président américain selon le journaliste d’Axios Barak Ravid, qui dit lui avoir parlé au téléphone.
Les deux dirigeants ont déjà eu un échange musclé il y a quelques jours, selon M. Trump, qui s’est dit mécontent de l’offensive israélienne au Liban.
« Une reprise du conflit entre Iran et Israël n’est dans l’intérêt de personne », a insisté la cheffe de la diplomatie britannique, Yvette Cooper, sur X, appelant « les deux parties à la retenue et à une désescalade immédiate ».
Alimentant les craintes d’embrasement régional, Israël a dit avoir identifié un tir de missile visant son territoire depuis le Yémen, où les rebelles houthistes s’étaient déjà joints au conflit en soutien à l’Iran avant le cessez-le-feu.
Les gardiens de la révolution iraniens ont annoncé, lundi matin, avoir ciblé des « groupes terroristes » à Souleimaniyé, dans le Kurdistan irakien, selon l’agence de presse officielle IRNA. En Arabie saoudite, les secours ont émis une brève alerte à la population dans la province d’Al-Kharj où se situe la base américaine de Prince Sultan.
Poursuite des négociations entre Washington et Téhéran
Israël a annoncé la fermeture de toutes les écoles du pays, tandis que l’Irak a fait état, dimanche soir, de la fermeture temporaire de son espace aérien, tout comme la Syrie, partiellement.
L’Iran a également fermé, dimanche soir, jusqu’à nouvel ordre son espace aérien dans la partie ouest du pays. Les vols à l’aéroport Imam-Khomeini de Téhéran, l’un des deux principaux de la capitale, ont été suspendus jusqu’à nouvel ordre, a aussi rapporté l’agence iranienne Mehr.
Dans une interview accordée à un journaliste de la chaîne américaine Fox News, Donald Trump a regretté, de son côté, les frappes iraniennes, qui « ne vont pas aider les négociations », assurant, comme plusieurs fois ces dernières semaines, que Washington et Téhéran étaient « très proches » d’un accord.
Les points d’achoppement restent cependant nombreux en vue d’un possible compromis, que ce soit sur le Liban mais aussi sur le contrôle du détroit d’Ormuz, la question du programme nucléaire iranien et son stock d’uranium hautement enrichi ainsi que sur le sort des avoirs iraniens gelés à l’étranger sous l’effet des sanctions.
Les tentatives de négociation se sont malgré tout poursuivies ces dernières heures. Selon la télévision d’Etat, le ministre de l’intérieur pakistanais, Mohsin Naqvi, est à Téhéran, porteur d’une « lettre spéciale » adressée au Guide suprême, Mojtaba Khamenei, qui contient « un message très important », a-t-il souligné sans en dévoiler le contenu.
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghtchi, s’est entretenu sur les « derniers développements » au Moyen-Orient avec ses homologues du Royaume-Uni, de France et de Turquie ainsi qu’avec le médiateur pakistanais et le premier ministre du Qatar.