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L’aménagement constitutionnel des deux langues officielles d’Haïti : synthèse actualisée et perspectives

Par Robert Berrouët-Oriol Linguiste-terminologue Ancien responsable de la coopération inter-universitaire à la Banque de terminologie du Québec (Gouvernement du Québec, Office québécois de la langue française) Ancien enseignant à la Faculté de linguistique appliquée de l’Université d??

L’aménagement constitutionnel des deux langues officielles d’Haïti : synthèse actualisée et perspectives
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20 mai 2026
L’aménagement constitutionnel des deux langues officielles d’Haïti : synthèse actualisée et perspectives
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L’aménagement constitutionnel des deux langues officielles d’Haïti : synthèse actualisée et perspectives

  • by Rezo Nodwes
  • 20 mai 2026
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Par Robert Berrouët-Oriol

(Gouvernement du Québec, Office québécois de la langue française)

du Regroupement des professeurs d’universités d’Haïti (REPUH) 
Konseye pèmanan, Asosyasyon pwofesè kreyòl Ayiti (APKA)

Membre du Comité international de suivi du Dictionnaire des francophones

« On ne peut plus écrire son paysage ni écrire sa propre langue de manière monolingue. Par conséquent, les gens qui, comme par exemple les Américains, les États-Uniens, n’imaginent pas la problématique des langues, n’imaginent même pas le monde. Certains défenseurs du créole sont complètement fermés à cette problématique. Ils veulent défendre le créole de manière monolingue, à la manière de ceux qui les ont opprimés linguistiquement. Ils héritent de ce monolinguisme sectaire et ils défendent leur langue à mon avis d’une mauvaise manière. Ma position sur la question est qu’on ne sauvera pas une langue dans un pays en laissant tomber les autres. » (Lise Gauvin : « L’imaginaire des langues – Entretien avec Édouard Glissant », revue Études françaises, 28, 2/3, 1992 – 1993, Presses de l’Université de Montréal, 1993.)

Les éditions Zémès (Haïti) et Cidihca (Canada) s’apprêtent à publier à la mi-juin 2026 le premier livre de la jurilinguistique haïtienne entièrement consacré à l’aménagement constitutionnel des deux langues officielles d’Haïti, le créole et le français. Ce livre, le huitième du linguiste-terminologue Robert Berrouët-Oriol, a pour titre « Plaidoyer pour l’aménagement constitutionnel des deux langues officielles d’Haïti ». 

La vision exposée dans cet ouvrage est à la fois historique, politique et constitutionnelle. Cette vision –instituer l’aménagement des deux langues officielles d’Haïti en stricte conformité avec la Constitution haïtienne de 1987–, a été amplement documentée dans notre livre « Plaidoyer pour les droits linguistiques en Haïti / Pledwaye pou dwa lengwistik ann Ayiti » (Éditions Zémès et Éditions du Cidihca, 2018). Elle est également explicitée dans plusieurs articles que nous avons publiés ces dernières années, notamment :

La vision de l’aménagement constitutionnel du créole et du français dont nous faisons le plaidoyer depuis plusieurs années trouve toute sa légitimité dès le « Préambule » de la Constitution de 1987 qui dispose que « Le peuple haïtien proclame la présente Constitution »,  dans une perspective républicaine et citoyenne, « Pour fortifier l’unité nationale, en éliminant toutes discriminations entre les populations des villes et des campagnes, par l’acceptation de la communauté de langues et de culture et par la reconnaissance du droit au progrès, à l’information, à l’éducation, à la santé, au travail et au loisir pour tous les citoyens. » Le segment « par l’acceptation de la communauté de langues et de culture » confirme la reconnaissance de notre patrimoine linguistique historique bilingue, donc doté de deux langues, le créole et le français, et cette reconnaissance est consacrée par leur co-officialisation à l’article 5 du texte constitutionnel. Le choix du terme « communauté » sert à désigner la communauté nationale, donc la nation historiquement constituée, et l’usage du pluriel au mot « langueS » confirme le constat que l’Assemblée constituante de 1987 a pris acte de la coexistence, certes inégalitaire, de nos deux langues au sein de la communauté nationale. La reconnaissance ainsi consacrée de notre patrimoine linguistique historique doté de deux langues, le créole et le français, induit une obligation : ce sont les deux langues, présentes de manière inégalitaire dans le corps social haïtien, qui doivent être simultanément aménagées. La simultanéité de l’aménagement de nos deux langues officielles trouve de la sorte ses fondements dans le texte constitutionnel qui, dans aucun de ses énoncés, ne préconise l’aménagement d’une seule langue au détriment d’une autre. 

La reconnaissance formelle de notre patrimoine linguistique historique bilingue est assortie, dans la Constitution de 1987, d’une obligation consignée à l’article 40 : « Obligation est faite à l’État de donner publicité par voie de presse parlée, écrite et télévisée, en langues créole et française aux lois, arrêtés, décrets, accords internationaux, traités, conventions, à tout ce qui touche la vie nationale, exception faite pour les informations relevant de la sécurité nationale ».

Il faut prendre toute la mesure que la reconnaissance formelle de notre patrimoine linguistique historique bilingue s’inscrit à contre-courant et s’oppose au « populisme linguistique », confuse et indocte dérive idéologique décelable chez nombre de « militants » créolistes et autres Ayatollahs du créole.  

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