La coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite a accusé, mercredi 16 septembre, les houthistes d’avoir mené une attaque de drone contre la ville sainte de La Mecque, ce que le mouvement pro-iranien a démenti.
La défense aérienne saoudienne a détruit, mardi, « un drone hostile lancé par la milice terroriste houthiste, avant qu’il n’entre dans l’espace aérien interdit de la sainte capitale » de l’islam, écrit la coalition dans un communiqué, soulignant que l’interception a eu lieu au sud de la ville. « La sécurité des deux saintes mosquées et de leurs visiteurs constitue une ligne rouge », souligne-t-elle.
L’Organisation de la coopération islamique (OCI) a immédiatement condamné des « attaques odieuses » qui « profanent la sacralité des lieux saints et des mosquées et heurtent les sentiments des musulmans à travers le monde ».
Proches alliés de l’Iran, les houthistes ont pris la semaine dernière le contrôle du littoral yéménite de la mer Rouge, renforçant leur emprise sur le détroit stratégique de Bab Al-Mandab.
Après des années d’accalmie, le Yémen a été entraîné en juillet dans le conflit régional déclenché le 28 février par une offensive américano-israélienne en Iran. Les derniers développements ont encore fait grimper les prix du pétrole, dont la hausse pèse sur l’économie mondiale.
En légère baisse, mais toujours 80 % plus élevé qu’avant le début de la guerre, le baril de brent, référence internationale du brut, se négociait mercredi à 108,50 dollars (94 euros) dans les premiers échanges sur les marchés asiatiques.
« Mensonge éculé »
Les houthistes, qui multiplient depuis le début du mois les attaques contre l’Arabie saoudite, alliée du gouvernement yéménite internationalement reconnu, ont démenti avoir pris la ville sainte pour cible. Hazm Al-Assad, un de leurs représentants, a dénoncé sur X « un mensonge éculé ». « Nos opérations visent les installations pétrolières et les bases militaires, qui sont éloignées des sites sacrés », a ajouté Yahya Saree, porte-parole militaire du mouvement.
Les autorités saoudiennes avaient émis, mardi matin, une alerte aérienne pour La Mecque, une première concernant cette ville sainte qui accueille chaque année des millions de pèlerins, sunnites comme chiites. L’ambassade des Etats-Unis en Arabie saoudite a conseillé aux ressortissants américains, mercredi, de reconsidérer tout voyage en Arabie saoudite et de ne se rendre sous aucun prétexte à proximité de la frontière avec le Yémen.
Le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman, et le président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, ont appelé, mardi au Caire, à « garantir la liberté et la sécurité de la navigation maritime » dans le détroit de Bab Al-Mandab.
Ce passage reliant l’Europe et l’Asie via la mer Rouge et le canal de Suez, déjà très emprunté avant la guerre au Moyen-Orient, est devenu encore plus important pour l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, depuis que l’Iran verrouille le détroit d’Ormuz, de l’autre côté de la péninsule arabique. Sa fermeture serait « catastrophique », a admis, mardi, le ministère des affaires étrangères qatari.
« Le monde souffre suffisamment de la fermeture du détroit d’Ormuz », par lequel transitait avant la guerre un cinquième des hydrocarbures mondiaux, « on ne peut donc pas se permettre d’ajouter Bab Al-Mandab à cette équation », a souligné Ibrahim Al-Hashmi au nom du ministère.
De leur côté, les houthistes assurent qu’il n’existe aucune menace pour la navigation dans le détroit, sauf pour les navires saoudiens.
Au moins 100 000 déplacés
Alors que la pression s’accroît sur l’Arabie saoudite, menacée dans les deux détroits et dont les infrastructures pétrolières sont prises pour cibles, les houthistes ont annoncé mercredi avoir abattu un avion de chasse saoudien et font état de 450 raids aériens des forces du Royaume, cette semaine, au Yémen. Riyad subit aussi l’arrêt du flux dans son oléoduc Est-Ouest, qui permet de contourner Ormuz, après des attaques de drones en provenance d’Irak.
Dans ce contexte, Mohammed Ben Salman cherche à obtenir le soutien des Etats-Unis et de l’Egypte, qui craint de voir fondre ses revenus tirés du canal de Suez en raison des menaces qui pèsent sur le trafic en mer Rouge.
Lors d’une réunion du conseil de sécurité des Nations unies, qui s’est déroulée dans la nuit, l’ambassadeur yéménite, Abdullah Al-Saadi, a assuré que les autorités légitimes reprendraient le contrôle de « chaque pouce de leur pays ». « Le Yémen défend les intérêts du reste du monde », a-t-il poursuivi, plaidant pour un soutien de la communauté internationale.
L’offensive des houthistes a fait au moins 100 000 déplacés au Yémen depuis son lancement au début du mois, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Les précédents affrontements, qui ont eu lieu entre 2014 et 2022, avaient déjà provoqué une crise humanitaire majeure dans le pays le plus pauvre de la péninsule arabique.