L’Arabie saoudite est “à court d’options”, tire le quotidien libanais L’Orient-le-Jour au sujet de la situation au Yémen, où le gouvernement internationalement reconnu, allié des Saoudiens, a subi une déroute la semaine dernière face aux rebelles houthistes. Ceux-ci contrôlent désormais la totalité de la côte yéménite de la mer Rouge, et notamment le détroit stratégique de Bab El-Mandeb.

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Le pays, qui est un poids lourd régional et l’un des plus gros exportateurs de pétrole, est pris dans “un triangle de plus en plus inconfortable”. “À l’est, Ormuz reste fortement perturbé par l’affrontement irano-américain. À l’ouest, les houthistes ont renforcé leur emprise sur la côte yéménite de la mer Rouge et autour de Bab El-Mandeb. Entre les deux, des drones lancés depuis l’Irak par des groupes pro-iraniens ont montré que même l’oléoduc est-ouest, principale voie de contournement d’Ormuz pour Riyad, restait vulnérable.”

Et pour ne rien arranger, Riyad a subi un refus net de Washington de voler à son secours. “Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) a appelé deux fois le président américain Donald Trump, mardi, le pressant de lancer des frappes contre les houthistes”, rapportait vendredi 11 septembre le site américain Axios. “Trump a refusé, et des responsables états-uniens soulignent que l’administration ne prévoit pas pour l’instant d’intervenir directement contre les houthistes.”

Fin de non-recevoir de Donald Trump

Pis, Donald Trump a signifié de façon on ne peut plus claire une forme de dédain pour les préoccupations saoudiennes en expliquant que les houthistes lui avaient fait savoir qu’ils ne comptaient pas s’en prendre aux navires américains dans le détroit de Bab El-Mandeb et qu’il n’y avait qu’un pays, à savoir l’Arabie saoudite, qui était concerné par le blocus maritime décrété par les rebelles, rapporte le site américain Al-Monitor.

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Pour Donald Trump, Bab El-Mandeb est donc “un problème local et non pas américain”, abonde également Zvi Barel dans le quotidien israélien Ha’Aretz. Une nouvelle preuve que “l’alliance vieille de dizaines d’années avec Washington est prise dans un écheveau d’intérêts divergents”.

Et c’est précisément pour cela que Riyad a diversifié ses alliances, avec notamment la signature d’un accord de défense avec la Turquie et le Pakistan, à La Mecque, le mois dernier.

Réactions tièdes des nouveaux “alliés islamiques”

Or là aussi, le bât blesse. Certes, dans un premier temps, le ministre pakistanais de la Défense Khawaja Asif avait déclaré que la clause d’assistance mutuelle “pourrait être activée si les houthistes continuent d’attaquer le royaume”, rapportait le site qatari Al-Jazeera mercredi 9 septembre. Mais depuis, les Pakistanais ont fait savoir qu’“aucune réponse militaire d’Islamabad n’était actuellement en discussion au titre de l’accord”, ajoutait deux jours plus tard le site Middle East Eye.

Même valse-hésitation du côté turc, explique le site de la BBC. “La réaction prudente du gouvernement turc, en plus des doutes largement exprimés dans les médias du pays, indique qu’Ankara ne semble pas avoir la volonté de s’impliquer directement dans la guerre au Yémen.”

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Pourtant, ajoute Ha’Aretz, les Saoudiens risquent de plus en plus d’être pris en tenaille par deux guerres qui sont “de plus en plus difficiles à séparer”. Autrement dit, “une guerre contre les houthistes pourrait entraîner [l’Arabie saoudite] dans une guerre avec l’Iran.”

À moins que Donald Trump ait une tout autre idée en tête, suggère L’Orient-le-Jour, qui rappelle que celui-ci espère toujours amener Riyad à rejoindre les accords d’Abraham, censés normaliser les relations avec Israël.

Dans le contexte actuel, Israël pourrait en effet se présenter “comme un allié utile à l’Arabie saoudite”, estime le journal, et venir à bout des réticences saoudiennes maintes fois exprimées en raison de la politique israélienne à Gaza et en Cisjordanie.

“Le monde n’acceptera pas”

En attendant, Riyad hésite probablement à relancer une opération militaire de grande envergure, à l’instar de celle qu’elle avait lancée en 2015 et qui s’était soldée par un échec.

À en croire les éditoriaux saoudiens, le royaume semble surtout miser sur une intervention internationale, en soulignant qu’il y a “beaucoup d’acteurs internationaux qui sont concernés” par une voie navigable où passent quelque 12 % du commerce mondial.

Le monde “n’acceptera pas” qu’une milice rebelle en ait durablement le contrôle, se rassure le journal de la capitale saoudienne Al-Riyadh.