La France va-t-elle entrer en guerre pour le pétrole ? Invoquant la crise des carburants, le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, a annoncé, jeudi 24 septembre, sur TF1 et France 2, l’envoi de « moyens militaires, c’est-à-dire des soldats, des radars, des systèmes de défense », en Arabie saoudite. Il s’agit de « protéger » Yanbou, terminal stratégique pour l’exportation de brut sur la mer Rouge, devenu la cible des rebelles houthistes pro-iraniens du Yémen.
S’y sont les premiers opposés le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, pour qui la décision revient à « s’installer sur un théâtre de guerre » et devenir belligérant, comme le vice-président du Rassemblement national, Sébastien Chenu, selon qui « c’est prendre un certain nombre de risques que nous ne voulons pas prendre ».
La critique, venant de ceux qui prétendent mieux affirmer, demain, la place de la nation française sur la scène mondiale, exigerait davantage que le seul réflexe protestataire.
La France a signé de longue date des accords militaires avec tous les pays du Golfe, dans le prolongement et en appui de sa politique d’exportation d’armement. Elle déploie déjà dans la région des bases permanentes, des Rafale, des soldats.
Avec l’Arabie saoudite, le Koweït, Bahreïn ou Oman, il s’agit d’accords de coopération, en matière de formation militaire, d’entraînements conjoints, de surveillance maritime. Avec les Emirats arabes unis et le Qatar, ce sont de véritables accords de défense, déclenchant l’assistance française si les partenaires sont attaqués, ce qui a fonctionné début 2026.
Dans la continuité des offres de sécurisation du détroit d’Ormuz avancées par Paris, la dernière annonce présidentielle, dans ce cadre, exprime d’abord une façon cohérente d’honorer la parole de la France, et ce à peu de frais. Elle permet à Emmanuel Macron d’affirmer une position d’allié fiable, par contraste avec celle des Etats-Unis de Donald Trump, qui ont lâché les Saoudiens. Une démarche plus politique que militaire, donc, pour un chef des armées qui ne peut être qualifié de va-t-en-guerre : contrairement à tous ses prédécesseurs, il n’a lancé aucune opération militaire d’envergure.
La protection d’un site pétrolier ne constitue par ailleurs pas un acte de cobelligérance. A fortiori chez un allié qui, depuis l’agression israélo-américaine de février en Iran, fait tout pour éviter d’entrer dans cette guerre.
Il demeure cependant tout à fait légitime de critiquer la position française et d’appeler au débat politique, notamment au Parlement. Trop peu saisi sur les interventions extérieures de la France, ce que facilite la Constitution depuis 2008, ce dernier n’a pas modifié la pratique régalienne présidentielle, solitaire, de la Ve République.
L’envoi de défenses aériennes dans le Golfe peut aussi être jugé malavisé, au moment où la priorité européenne demeure le soutien à l’Ukraine face à l’agression de la Russie, et sachant la rareté des moyens militaires français en ce domaine.
Même défensive, la décision présidentielle, enfin, comporte une prise de risque inévitable. A Yanbou, missiles et drones houthistes pourront, volontairement ou non, toucher des forces françaises, ce qui conduira le chef de l’Etat à assumer des pertes.
D’autres choix sont toujours possibles, ou souhaitables, mais ils sont fondés sur la réalité géostratégique, non sur des considérations idéologiques ou un pacifisme d’estrade.