L’extrême droite allemande a décroché, mardi 6 octobre, en Saxe-Anhalt, dans le centre du pays, la présidence du Parlement régional, une première depuis 1945, un mois après son triomphe électoral contre les conservateurs du chancelier Friedrich Merz à l’impopularité record.
Dès le premier tour, 48 députés sur 82 ont voté pour Tobias Rausch, le candidat investi par l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), 29 contre et cinq se sont abstenus, selon le comptage officiel. Ce parti anti-immigration et prorusse a ainsi reçu quatre voix de plus qu’escompté. Avant le vote, les 39 députés de l’AfD n’avaient reçu publiquement que le soutien des cinq élus de la petite formation de gauche radicale prorusse BSW.
Ce vote donne le ton pour l’élection attendue en décembre du chef de l’exécutif régional, un poste que vise la figure de proue en Saxe-Anhalt de l’extrême droite, Ulrich Siegmund, 35 ans, qui tentera alors d’obtenir la majorité absolue à l’Assemblée. Pour cela, il doit réussir à débaucher au moins trois députés d’autres partis. Aucune formation n’a pour le moment ouvertement accepté de voter pour lui, pas même le BSW.
En parallèle de cette séance inaugurale de l’Assemblée de Saxe-Anhalt à Magdebourg, la capitale de cette région de l’ex-Allemagne de l’Est, quelques centaines de personnes ont manifesté devant le bâtiment pour exhorter les autres partis à ne pas coopérer avec l’AfD.
« Pas intimider »
« Ma porte sera ouverte, j’écouterai, je prendrai au sérieux les différentes opinions et j’essaierai de prendre des décisions de manière transparente et compréhensible », a promis Tobias Rausch, 35 ans, dans son discours d’investiture.
Le patron régional des sociaux-démocrates, Andreas Schmidt, a jugé « regrettable » l’élection de M. Rausch. « Nous ne nous laisserons pas intimider », a averti de son côté Susan Sziborra-Seidlitz, la cheffe locale des Verts, dans une intervention devant l’Assemblée qui a suscité rires et désapprobation de la part de M. Siegmund.
Le triomphe de l’AfD en Saxe-Anhalt et fragilisé le chancelier conservateur, Friedrich Merz, dont la coalition avec les sociaux-démocrates est minée par les querelles et une popularité au plus bas.
L’AfD a enchaîné peu après avec une deuxième victoire en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (nord-est), un nouveau coup de tonnerre même si une coalition de gauche devrait finalement gouverner ce Land.
Pare-feu qui cède
Si l’AfD parvient à former un gouvernement dans cette région, cela marquera une première, pour une force politique nationaliste, dans l’histoire post-1945 de l’Allemagne. Mais la tâche sera ardue, faute d’alliés naturels et l’essentiel de la classe politique allemande obéissant au principe du « pare-feu » en refusant toute coopération avec l’AfD.
Le BSW a cependant déjà ouvert la porte à des coopérations ponctuelles, tout en excluant de voter pour M. Siegmund. Il faut « une approche plus intelligente avec l’AfD », a plaidé Christian Leye, un responsable du BSW, dans un entretien avec Politico mardi. « Pas de pare-feu mais un débat sur le fond », a-t-il dit. Côté conservateur, le dirigeant sortant de la région, Sven Schulze, assure que « personne à la CDU ne passera d’une quelconque manière à l’AfD ».