La chanteuse arménienne Victoria Alexanyan, au festival Jazz à Vienne
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Née en Arménie, la chanteuse Victoria Alexanyan a compris la richesse de cette culture en déménageant en France, il y a huit ans. Après une enfance, une adolescence et un début de vie adulte dans son pays natal, c'est en quittant ses terres que l'or qu'elle avait entre les mains lui est apparu comme une évidence. Aujourd'hui, elle met ses origines en avant en musique, notamment avec son premier album intitulé Vishap, qu'elle a présenté en live cette semaine au festival Jazz à Vienne.
RFI : Quelle est la place des musiques arméniennes dans votre vie ? Dans votre enfance peut-être, votre adolescence, et quelle place elle a chez vous aujourd'hui ?
Victoria Alexanyan : C'est très intéressant, parce que quand j'étais petite, ma grand-mère écoutait beaucoup de musique arménienne et moi, je ne comprenais pas, je disais « mais qu'est-ce que t'écoutes, mamie ? ». C'était un peu la musique des vieux pour moi. Et depuis que je suis arrivée en France, maintenant je l'appelle, je lui demande de me rappeler tel ou tel morceau, ça a vraiment fait un déclic en fait.
Maintenant je me mets à chercher vraiment de vieilles musiques, des chants qu'on connaît très peu finalement. Il y a un site qui s'appelle « Treasure of Armenian Music », il donne accès à des enregistrements de vieilles musiques arméniennes. Je passe tout mon temps dessus pour chercher des mélodies ou des choses que je ne connais pas encore.
Votre musique évoque notamment l'histoire de l'Arménie. Que racontent vos paroles, vos textes sur ce sujet ?
Dans Vishap, qui est à la fois le nom de l'album, mais aussi le titre du premier morceau d'introduction, c'est dédié aux femmes qui vivent encore dans les sociétés très patriarcales, comme l'Arménie entre autres, qui portent ce fardeau comme un gros caillou sur le dos. J'ai l'espoir qu'elles vont se libérer de ça. Parce que j'ai grandi en Arménie, et que pour moi notamment le milieu du jazz et de la musique sont très masculins. C'est un vrai sujet dont on peut discuter des heures et des heures.
Votre morceau intitulé « L'eau coule du haut de la montagne » évoque la philosophie du peuple arménien. Quelles sont les différentes valeurs enracinées dans cette culture, dans votre culture ?
Il y a une forte connexion déjà avec la nature, et ce morceau l'évoque bien. C'est l'un des seuls, l'un des rares morceaux d'ailleurs qui n'est pas une composition du groupe, c'est un morceau traditionnel qu'on a réarrangé. Dans la deuxième partie, il parle de jeûne pendant le carême, par exemple. Il y a aussi tout le côté croyant du peuple arménien, ce côté spirituel.
Quant au morceau « Yerangi » est un arrangement d'une pièce pour piano de Komitas, qui était cette figure de la musique arménienne ?
Effectivement c'est l'une des figures les plus importantes de la musique arménienne parce que c'est grâce à lui notamment qu'on a pu collecter la majorité des musiques arméniennes. Il est allé de village en village, il a écouté ce que chantaient les gens et l'a retranscrit en partition. Vous voyez les encoches comme les notes de musique mais codées ? Il a ouvert ces codes. C'est magnifique, j'ai même un tatouage de l'hymne national qu'il a écrit, qui n'est jamais devenu l'hymne mais qui est un morceau magnifique. Il a beaucoup écrit d'arrangements chantés aujourd'hui dans les messes. Bref, c'est l'un des plus grands musiciens arméniens qui a aussi beaucoup composé, et « Yerangi » est l'une de ses pièces pour piano. Nous, on l'a complètement arrangé à notre façon, mais on retrouve quand même la mélodie de Komitas.
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