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Géopolitique

La fin du gaz russe dans l’Union européenne

Le 26 janvier 2026, l’Union européenne a adopté l’interdiction progressive et juridiquement contraignante de toutes ses importations de gaz russe, gazoduc et GNL. De 45 % en 2021 à environ 12 % en 2025, la part russe s’effondre ; mais le contournement par pays tiers reste possible. L’Euro

  • Le 26 janvier 2026, l’Union européenne a adopté l’interdiction progressive et juridiquement contraignante de toutes ses importations de gaz russe, gazoduc et GNL.

  • De 45 % en 2021 à environ 12 % en 2025, la part russe s’effondre ; mais le contournement par pays tiers reste possible.

  • L’Europe troque une dépendance russe pour une dépendance américaine, tandis que l’exposition des États membres demeure profondément asymétrique.

Le calendrier de l’interdiction

Le 26 janvier 2026, le Conseil de l’UE a adopté définitivement un règlement interdisant, de façon progressive et juridiquement contraignante, les importations de gaz russe — gazoduc et GNL. Le texte s’inscrit dans la feuille de route REPowerEU et est directement applicable dans tous les États membres. Il modifie le règlement (UE) 2017/1938 sur la sécurité d’approvisionnement.

Les échéances varient selon le type de contrat :

Type de contrat Échéance d’interdiction
GNL — contrats de court terme (spot, conclus avant le 17 juin 2025) 25 avril 2026
Gaz par gazoduc — contrats de court terme 17 juin 2026
GNL — contrats de long terme 1er janvier 2027 (aligné sur le 19e paquet de sanctions)
Gaz par gazoduc — contrats de long terme 30 septembre 2027 (ou 1er novembre 2027 si les objectifs de remplissage des stockages ne sont pas atteints)

Point clé : au 1er janvier 2027, le GNL russe est totalement banni (le spot l’étant déjà depuis avril 2026). Le gaz par gazoduc suit à l’automne 2027.

Clause de sauvegarde : en cas d’urgence déclarée menaçant gravement la sécurité d’approvisionnement d’un ou plusieurs pays, la Commission peut suspendre l’interdiction pour un maximum de quatre semaines. L’interdiction n’est donc pas absolument inconditionnelle.

Sanctions en cas de non-respect : jusqu’à 2,5 M€ pour les personnes physiques et 40 M€ pour les entreprises (ou 3,5 % du chiffre d’affaires mondial, ou 300 % de la transaction).

Lire aussi : La relation Russie – Europe après la guerre en Ukraine

Le chemin déjà parcouru

Depuis le début de la guerre en Ukraine, le recul de la Russie dans l’approvisionnement européen est spectaculaire, selon les chiffres de la Commission :

Indicateur Avant-guerre Aujourd’hui
Part du gaz russe (GNL + gazoduc) dans les importations de l’UE 45 % ≈ 12-13 %
Charbon russe 51 % 0
Pétrole russe 21 % 2 %
Transfert financier vers Moscou 12 milliards € / mois 1,5 milliard € / mois

En volume, les importations de gaz russe sont passées de plus de 150 bcm en 2021 à 36 bcm en 2025. La fin du transit par l’Ukraine (1er janvier 2025) a accéléré la baisse.

Lire aussi : Poutine tient l’Europe par le gaz

Le problème du contournement par pays tiers

La question centrale : peut-on encore acheter du gaz russe transitant par un pays tiers, comme le pétrole russe raffiné en Inde ?

En droit, non. Le règlement vise « tout gaz qui, avant son importation dans l’Union, a été exporté de la Fédération de Russie, que ce soit par exportation directe ou par exportation indirecte via un pays tiers » — le simple transit excepté. La charge de la preuve est transférée aux États membres et aux importateurs, qui doivent vérifier le pays de production avant toute entrée. Le texte cible explicitement les « importations réétiquetées, les flottes fantômes et le transit par des pays tiers ».

En pratique, la faille existe. Les analystes identifient trois brèches :

  • transbordements et swaps : le gaz physique russe part en Asie, un volume équivalent non-russe arrive en Europe — la molécule « disparaît des statistiques, mais pas du marché » ;
  • mélange (blending) et réexportation, qui brouillent l’origine ;
  • structures de propriété complexes, qui compliquent l’application si les règles se concentrent sur les seules déclarations d’origine.
« La molécule disparaît des statistiques, mais pas du marché. »

Le cas turc. Bruxelles redoute que la Turquie ne devienne un hub de « blanchiment » gazier : la Russie l’alimente via TurkStream et Blue Stream, et du gaz turc mêlant molécules russes et autres pourrait être revendu à l’Europe comme non-russe. C’est le mécanisme exact du pétrole raffiné en Inde.

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