Love, etc. La limérence : obsession, mal d’amour ou “bullshit” ?
Depuis quelques mois, TikTok est devenu l’épicentre d’une nouvelle vague d’intérêt pour la limérence. La limérence ? C’est un joli mot, créé et conceptualisé en 1979 par une psychologique américaine du nom de Dorothy Tennov, qui renvoie au fait de ressentir “une vive obsession de nature romantique”.
“Aujourd’hui, sur le forum Reddit r/limerence, des milliers de gens cherchent conseil auprès de semblables pour mieux gérer leurs émotions”, constate le magazine britannique Dazed.
Véritable pathologie ou bullshit ? s’interroge la presse étrangère.
“Sur TikTok, plus de 30 000 vidéos mentionnent le hashtag #limerence.”
Le site britannique Dazed
Vincent Harris “a ruiné son premier mariage et perdu son travail à cause d’une personne qu’il considérait comme son âme sœur – son ‘objet de limérence’”, raconte The New York Times.
“J’ai passé trois ans à vivre avec un poids. Je n’avais envie de rien, à part avoir de ses nouvelles. J’étais paralysé par la peur de me rapprocher d’elle et de faire une erreur. À mesure qu’elle réduisait le contact avec moi, je me sentais de plus en plus désespéré et instable”, raconte l’écrivain quinquagénaire au quotidien américain.
Ce qui distingue la limérence de l’amour ou du béguin, “c’est l’intensité, l’ascenseur émotionnel qui vous fait passer de l’euphorie au désespoir”, explique le New York Times.
“Le moindre signe de rejet ou d’intérêt peut vous atterrer ou vous donner des ailes. C’est un va-et-vient continuel entre ‘elle m’aime’ et ‘elle ne m’aime pas’”, souligne Giulia Poerio, psychologue et spécialiste des vagabondages mentaux à l’université du Sussex, en Angleterre.
“La limérence consiste à rejouer des souvenirs et à répéter de futures interactions.”
Le quotidien américain The New York Times
Pour Alexandra Solomon, psychologue clinicienne à Chicago et animatrice du podcast Reimagining Love, “il y un facteur culturel en jeu ici avec la façon dont les rencontres en ligne et la culture du sexe sans lendemain créent un climat général de désinvolture et des attachements ambivalents. Il y a une sorte d’anxiété collective”, écrit le New York Times.
À ce cocktail déjà pas foufou s’ajoutent les réseaux sociaux, vitrine léchée d’un je qui n’existe pas vraiment mais destinée à attirer le chaland.
Le problème, c’est que cette mise en scène apporte de l’eau au moulin de la limérence, puisqu’elle nourrit l’idéalisation de l’“objet de limérence”.
Certains professionnels de santé, comme la psychologue australienne Orly Miller, interviewée dans le média canadien La Presse, vont jusqu’à plaider pour que la limérence soit intégrée au DSM-5 (le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).
Mais d’autres y voient une pathologisation à l’excès d’un sentiment amoureux.
“Un terme autrefois inoffensif qui désignait l’espèce de fièvre émotionnelle, parfaitement normale, marquant le début d’une relation, est devenu un diagnostic.”
Le magazine britannique Dazed
“C’est un cercle vicieux, regrette Dazed. D’un côté les applis de rencontre et le néolibéralisme ont rendu ces mauvais comportements acceptables ; de l’autre, cela incite les personnes ainsi maltraitées à se sentir responsable de leurs déboires amoureux.”
“Dans ces circonstances, on comprend que la limérence soit devenue si tendance. C’est très tentant de se dire que, pour trouver l’amour, il suffit de ‘guérir’ de sa limérence.”
Le magazine britannique Dazed
Et si la popularisation de la limérence peut aider des individus en souffrance à identifier une obsession et à tenter d’en guérir, il serait dommage qu’elle enjoigne à s’inquiéter dès que notre cœur s’emballe un peu.
Car ça impliquerait de renoncer tout à la fois à la foudre et à la brûlure, à la rêverie et à la cristallisation des premiers jours. Bref, à se contenter de l’eau tiède.—
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