Entre les parterres de roses du palais d’Été de Pékin, “Xi Jinping a montré à Trump l’esquisse d’un nouvel ordre mondial”, assure The Times. Quatre jours après le passage du président américain, le chef d’État chinois continue de cultiver son jardin, avec l’arrivée de son homologue russe, Vladimir Poutine, dans la soirée du 19 mai. Le lendemain matin “aura lieu une rencontre entre vieilles connaissances : par le passé, Poutine et Xi se sont déjà rendu visite plus de 40 fois”, note l’hebdomadaire centriste allemand Der Spiegel. Mais le moment choisi pour ces nouvelles discussions bilatérales, alors que la gomme des roues de l’Air Force One est encore fraîche sur le tarmac de l’aéroport international de Pékin, n’a sans doute pas été laissé au hasard.

“Au vu du timing, il s’agit sans doute d’envoyer un signal clair à l’Occident : l’axe Pékin-Moscou reste solide.”

Un gazoduc stratégique

Lundi, le conseiller diplomatique du Kremlin Youri Ouchakov “a déclaré que les deux dirigeants parleraient de tous les sujets liés aux relations bilatérales, y compris le projet de gazoduc Force de Sibérie 2”, rapporte le journal britannique The Guardian.

Cette méga-infrastructure, destinée à alimenter la Chine en énergie depuis l’est de la Russie, pourrait permettre à Moscou d’atténuer l’impact économique de la guerre en Ukraine. “Il s’agit d’une des manières les plus efficaces de compenser les pertes d’échanges avec l’Europe, indique le Financial Times. Mais jusqu’à présent, les deux parties ne sont pas parvenues à s’entendre sur le prix et le volume des exportations. Pékin demande des tarifs très proches de ceux pratiqués sur le marché russe, lourdement subventionné. Dans le même temps, il existe des doutes quant à la pertinence d’un engagement sur le long terme.”

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Les turbulences dans le secteur de l’énergie observées depuis le début de la guerre en Iran “pourraient tout de même finir par convaincre Pékin de diversifier ses sources d’approvisionnement”, avance le quotidien économique de Londres.

“Un récit de propagande”

“Pour Poutine, la rencontre intervient pile au bon moment”, abonde Handelsblatt, à Düsseldorf. L’économie de guerre russe dépend en grande partie des exportations d’énergie vers le géant asiatique. “Le fait que Poutine voyage avec les patrons [des entreprises russes] Gazprom et Rosneft montre quels sont les enjeux centraux de sa visite à Pékin : il parlera d’énergie, d’argent et par association du financement d’une guerre où s’affichent les faiblesses de la Russie.” Ces dernières semaines, les troupes du Kremlin ont enregistré leurs premières pertes territoriales nettes en Ukraine depuis deux ans.

Aux yeux de La Stampa, en Italie, les deux sommets bilatéraux coup sur coup “démontrent que Washington et Moscou considèrent désormais la Chine comme indispensable pour assurer la stabilité, gérer les crises régionales et garantir la sécurité internationale”. Et c’est une révolution copernicienne. “Pendant plus de trente ans, le système international a tourné autour de la centralité américaine, mais aujourd’hui, la Chine n’est plus seulement une puissance économique et industrielle, observe le quotidien turinois. L’Ukraine, l’Iran, l’énergie, le commerce mondial, la sécurité, toutes ces questions passent de plus en plus par Pékin.”

Le président de la République chinoise en est parfaitement conscient, et dans ce jeu diplomatique, Xi “exploite simultanément les faiblesses américaines et russes”, assure le journal libéral. Pour la deuxième puissance économique mondiale, il s’agit donc de se présenter comme “le centre de pouvoir d’un nouvel ordre mondial”, résume le correspondant en Chine de Handelsblatt. “On peut y voir un récit de propagande ridicule, ou considérer que s’y trouve une part de vérité.”