Les autorités syriennes ont commencé à détruire du matériel issu du programme d’armes chimiques de l’ancien régime, a annoncé, jeudi 3 septembre, leur représentant permanent aux Nations unies, devant le Conseil de sécurité, près de deux ans après le renversement de Bachar Al-Assad.
« Il s’agit de la toute première opération de destruction depuis notre libération de l’ancien régime », a souligné Ibrahim Olabi, saluant un « moment historique ».
Le dossier des armes chimiques syriennes reste étroitement associé à l’une des pages les plus sombres de la guerre civile. Le 21 août 2013, une attaque chimique attribuée au gouvernement syrien – lequel a nié toute implication – a fait plus de 1 400 morts dans la Ghouta orientale, à la périphérie de Damas, selon les services de renseignement américains. Les images d’hommes, de femmes et surtout d’enfants inanimés, l’écume aux lèvres, avaient choqué le monde entier.
Sous la pression de Washington et de Moscou, Damas avait ensuite adhéré à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) et accepté de déclarer puis de remettre ses stocks d’agents toxiques en vue de leur destruction, mais les inspecteurs internationaux ont estimé, par la suite, que le régime Al-Assad n’avait jamais révélé l’intégralité de son programme et multiplié les entraves à leurs investigations.
En 2021, l’OIAC a pris la mesure sans précédent de priver la Syrie de ses droits de vote après avoir conclu que son armée de l’air avait utilisé du gaz sarin et du chlore gazeux contre sa propre population, dans des localités aux mains de l’opposition.
Une manière d’honorer les victimes
Depuis le renversement de Bachar Al-Assad, en décembre 2024, les nouvelles autorités syriennes se sont engagées à coopérer avec l’organisation pour détruire les armes chimiques. Elles ont, notamment, autorisé les inspecteurs de l’OIAC à établir une présence permanente sur place pour examiner les sites suspects, sécuriser les stocks restants et recueillir des témoignages sur les attaques menées au cours des treize années de guerre.
« Nous voulons protéger le peuple syrien afin que ces armes ne tombent pas entre de mauvaises mains », a affirmé Ibrahim Olabi. Izumi Nakamitsu, haute représentante des Nations unies pour le désarmement, a, quant à elle, annoncé qu’une équipe de l’OIAC avait « vérifié la destruction irréversible de 42 bombes aériennes », le mois dernier. « Cette avancée significative signifie que, pour la première fois depuis 2014, l’OIAC a vérifié la destruction de munitions chimiques de la République arabe syrienne », a-t-elle souligné.
Au Conseil de sécurité, les Etats-Unis ont appelé les nouvelles autorités syriennes à poursuivre leur coopération avec l’OIAC. « C’est aussi une manière d’honorer la mémoire des hommes, des femmes et des enfants syriens qui ont perdu la vie », a déclaré l’ambassadrice américaine adjointe, Tammy Bruce. « Que leur souvenir nous pousse à poursuivre nos efforts pour bâtir une Syrie et un monde enfin débarrassés des armes chimiques. »
La Chine et la Russie ont également salué les progrès réalisés par Damas dans la destruction de l’ancien arsenal chimique syrien. Bachar Al-Assad s’est enfui à Moscou en décembre 2024, avant la prise de Damas par les nouvelles autorités.