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La vengeance selon la philosophe Laurence Devillairs

Pierre-Édouard Deldique reçoit cette semaine la philosophe Laurence Devillairs pour parler de la vengeance, un sujet quasiment tabou qu’elle traite dans son dernier livre en date intitulé Vengeance. Le droit de ne pas pardonner (Stock).

La vengeance selon la philosophe Laurence Devillairs
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La vengeance selon la philosophe Laurence Devillairs

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Pierre-Édouard Deldique reçoit cette semaine la philosophe Laurence Devillairs pour parler de la vengeance, un sujet quasiment tabou qu’elle traite dans son dernier livre en date intitulé Vengeance. Le droit de ne pas pardonner (Stock).

«Vengeance, le droit de ne pas pardonner», de Laurence Devillairs.
«Vengeance, le droit de ne pas pardonner», de Laurence Devillairs. © Éditions Stock
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Avec cet ouvrage aux multiples références, Laurence Devillairs rompt avec ses thèmes de réflexion habituels qui parlent plutôt de la beauté du monde, des livres « solaires », comme on dit aujourd’hui. Ici, il s’agit plutôt de la face sombre de la nature humaine.

Pourquoi ce changement de cap ? Elle s’en explique au cours de l’émission.

En tout cas, avec la vengeance, la philosophe que nous avons eu souvent le plaisir d’inviter dans « Idées » s’attaque à l’idée selon laquelle face à un affront, face au mal, il faut pardonner. L’impératif religieux n’est pas loin. Contre cette façon de voir, elle propose une thèse contraire : le refus de pardonner peut être un acte de justice, de lucidité et de dignité.

Attention, pas de méprise, le livre ne célèbre pas la vengeance comme passion destructrice ; il la réhabilite comme réaction morale, comme affirmation de soi face à l’injustice. Laurence Devillairs s’inscrit ainsi dans une tradition philosophique qui va de Sénèque à Nietzsche, en passant par Spinoza, pour montrer que la vengeance n’est pas nécessairement violence, mais une réponse à la violence.

La vengeance comme réponse à l’injustice. Elle cite Oreste dans Andromaque de Racine :

  « Mon innocence enfin commence à me peser. » « Je ne sais de tout temps quelle injuste puissance » « Laisse le crime en paix, et poursuis l’innocence. »

Racine

Au fil des pages, cette intellectuelle, attachée à la vie et aux passions qui la traversent, dénonce la « tyrannie du pardon » : une pression sociale, religieuse, psychologique qui exige de la victime le renoncement à la colère pour avancer. Elle rejette ce pardon qui ajoute une seconde injonction à la première blessure.

La vengeance devient alors une manière de rétablir un équilibre rompu, de ne pas se raconter d’histoires sur le mal subi, de refuser de se laisser dicter une morale qui nie l’expérience vécue, enfin une façon de ne pas minimiser l’offense afin de répondre aux injonctions sociales.

Le style de Laurence Devillairs est fidèle à ce qui fait la force de son œuvre : une écriture limpide, précise, qui refuse les abstractions oiseuses. Elle nous parle de situations concrètes, de blessures ordinaires, de relations humaines où le pardon n’est pas une évidence mais une violence supplémentaire.

En réhabilitant la vengeance, Devillairs ne fait pas non plus l’éloge de la rancœur ; elle redonne à la victime le droit de ne pas être exemplaire. Dans un monde où l’on exige des individus qu’ils « passent à autre chose », elle rappelle que la justice commence surtout par la reconnaissance de l’offense.

Pour elle, la vengeance entendue en ce sens brise « la religion nouvelle de la reconstruction obligatoire ».

Programmation musicale :

  • Médée – Violaine Cochard (compositeur : Jacques Duphly)
  • La vengeance – Ombra Cara - Théophile Alexandre ; Guillaume Vincent (compositeur : Georg Friedrich Haendel)
  • La liberacion de Rebeca (compositeur : Ryuchi Sakamoto).

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