Près de huit ans après les faits, le chanteur marocain Saad Lamjarred est jugé, à partir de lundi 11 mai, devant la cour d’assises de Draguignan (Var), pour le viol d’une barmaid en 2018, près de Saint-Tropez. M. Lamjarred, 41 ans, déjà impliqué dans plusieurs affaires de viols et d’agressions sexuelles, conteste les accusations.
Le chanteur, très populaire au Maroc et dans le monde arabe, a déjà été condamné à six ans de prison pour viol en 2023 par la cour d’assises de Paris dans une autre affaire, et reste en attente de son procès en appel. A la demande de la plaignante, la cour d’assises a prononcé le huis clos lundi matin pour ce procès qui doit durer jusqu’à vendredi.
Cette demande de huis clos est de droit pour les affaires de viol. Prévu pour décembre 2025, déjà plus de sept ans après les faits, le procès avait été reporté parce que la présidente de la cour était souffrante.
Récits contradictoires
En août 2018, la victime travaillait comme barmaid à Saint-Tropez, quand elle a croisé Saad Lamjarred dans une discothèque. Selon son témoignage aux enquêteurs, elle ne le connaissait pas, l’a trouvé mignon et a accepté d’aller boire un verre au bar de son hôtel.
Toujours selon son récit, il l’a en fait conduite directement à sa chambre, a essayé de l’embrasser puis l’a plaquée sur le lit, déshabillée et violée en la tenant par les poignets sans qu’elle parvienne à réagir, tétanisée. Lui a assuré que le rapport était consenti, que la jeune femme avait d’ailleurs elle-même retiré son pantalon. Mais une amie appelée au secours immédiatement après les faits a témoigné l’avoir retrouvée choquée, le maquillage dégoulinant, les lèvres enflées, le regard vide.
Les analyses réalisées quelques heures plus tard évaluent leur taux d’alcool à ce moment-là entre 1,2 et 1,4 g/l pour elle ; entre 1,6 et 1,8 g/l pour lui. La mise sur écoute du téléphone de la victime a révélé un réel mal-être et la peur que l’affaire soit médiatisée. Mais aussi un appel, pendant la garde à vue du chanteur, d’un homme proposant 200 000 euros pour un arrangement à l’amiable.
Si elle n’y a pas donné suite, son amie, en revanche, a écrit à un avocat de M. Lamjarred pour proposer un accord, mais a réaffirmé ensuite auprès des enquêteurs n’avoir jamais menti sur l’état dans lequel elle avait trouvé la jeune femme.
Déjà mis en cause et condamné dans des affaires similaires
Même si le parquet n’était pas opposé à un non-lieu, la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Aix-en-Provence (Sud) a confirmé en 2021 le renvoi devant les assises, rappelant en particulier que le fait de pénétrer dans la chambre d’un homme ne valait pas automatiquement consentement.
Le chanteur a déjà été mis en cause dans des affaires similaires en 2015 au Maroc et en 2010 aux Etats-Unis, où une procédure pour viol et agression sexuelle a été classée après un arrangement financier avec la victime.
En France, une jeune femme, Laura P., rencontrée dans une boîte de nuit parisienne, l’avait accusé en 2016 de l’avoir violée et frappée dans une chambre d’hôtel, ce qu’il a toujours contesté. Condamné dans cette affaire à six ans de prison en 2023, le procès en appel était prévu en juin 2025 à Créteil mais il a été renvoyé en raison des poursuites lancées contre Laura P. et cinq autres personnes, soupçonnés d’avoir essayé de monnayer son silence.
A l’issue d’un procès à la fin de mars, cinq personnes – dont la mère de la jeune femme, une avocate et une influenceuse – ont été condamnées pour avoir réclamé 3 millions d’euros au chanteur pour que Laura P. retire sa plainte et ne vienne pas témoigner devant les assises à Créteil. La jeune femme a, pour sa part, été relaxée.