Une nuit du printemps 2021, dans le salon d’un appartement parisien plongé dans la pénombre. Un jeune père vient de réussir à endormir son bébé, il grignote une poignée de noisettes. Antoine (les personnes désignées par leur seul prénom ont requis l’anonymat) aime ça, les noisettes, et c’est riche en antioxydants. Certes, il est un peu allergique. « Mais un peu seulement, précise-t-il. Juste assez pour que ça me picote ou me fasse enfler les lèvres. Cette nuit-là, j’ai senti un bout de noisette se coincer dans ma gorge, juste au-dessus de ma pomme d’Adam. Je n’arrivais plus à déglutir correctement. »
Alors, Antoine commence à gamberger. Et si, au contact prolongé de l’éclat de noisette, son œsophage se mettait à gonfler au point de l’empêcher de respirer ? S’il s’évanouissait avant d’avoir pu réveiller sa compagne ? Il tape dans Google « noisette coincée allergie », « éclat de noisette trachée danger », mille variations sur le même thème. Certaines réponses – celles qu’il relève – évoquent l’urgence absolue et le choc anaphylactique : il a l’impression de plus en plus nette qu’il respire de plus en plus mal. Ça siffle. Ça enfle. C’est la mort, c’est sûr, qui vient lui caresser la nuque : l’expression est de lui qui, aujourd’hui, se moque volontiers de l’épisode. Il appelle donc le 15 et, quelques minutes plus tard, un médecin à la voix fatiguée lui recommande de manger de la mie de pain et d’aller au lit.
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