La Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN) révèle que les neuf Etats dotés de l’arme nucléaire (Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, France, Inde, Israël, Pakistan et Corée du Nord) ont dépensé, en 2025, près de 119 milliards de dollars (environ 103 milliards d’euros) pour leurs arsenaux, dans un rapport publié lundi 8 juin. Un chiffre en hausse de 19 % par rapport à 2024, selon l’organisme. « Une nouvelle course aux armements nucléaires s’annonce », alerte l’ICAN.
L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), qui a lui aussi publié une nouvelle étude, lundi, met en garde contre l’aggravation du risque nucléaire dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes. Cette forte augmentation des dépenses consacrées aux armes nucléaires intervient alors que les Etats accélèrent la modernisation de leurs arsenaux et renforcent le déploiement de leurs stocks existants.
Les hausses spectaculaires des dépenses, associées aux craintes que l’intelligence artificielle ne risque d’accélérer la prise de décision concernant l’utilisation des armes nucléaires, sont profondément inquiétantes, selon Susi Snyder, directrice des programmes de l’ICAN et coautrice du rapport. « Je suis terrifiée », a-t-elle déclaré à l’Agence France-Presse (AFP).
Plus de 12 000 ogives
Selon le SIPRI, les puissances nucléaires mondiales disposent d’un total estimé à 12 187 ogives, dont environ 9 745 se trouvent dans des stocks en vue d’une utilisation potentielle. « La nouvelle la plus inquiétante est que, même si le nombre d’armes nucléaires a diminué, le niveau des dangers et des risques nucléaires augmente », a fait savoir à l’AFP Karim Haggag, directeur du SIPRI.
La tendance à la baisse des stocks d’armes nucléaires devrait s’inverser dans les années à venir « car le rythme du démantèlement ralentit, tandis que le déploiement de nouvelles armes nucléaires s’accélère », estime l’institut. La fragilisation des systèmes de contrôle des armes stratégiques, notamment des accords internationaux, et la rivalité entre les grandes puissances dotées d’armes nucléaires, sont autant de signes supplémentaires d’inquiétude, selon M. Haggag.
Autre tendance préoccupante, « les États dotés d’armes nucléaires les sortent de leurs stocks et les déploient sur des vecteurs nucléaires », a-t-il déclaré. Les États-Unis et la Russie détiennent, à eux deux, environ 83 % des stocks mondiaux d’armes nucléaires, avec plus de 5 000 ogives chacun.
La Chine développe son arsenal nucléaire plus rapidement que tout autre pays et dispose de 620 ogives, pouvant, selon le SIPRI, atteindre d’ici 2030 un niveau de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) comparable à celui de la Russie ou des Etats-Unis. « L’intensification de la compétition géopolitique incite fortement la Chine à s’appuyer davantage sur les armes nucléaires », a déclaré M. Haggag.
Selon l’ICAN, l’ensemble des puissances nucléaires ont augmenté leurs investissements dans leurs arsenaux, dépensant près de 17 milliards de dollars de plus l’an dernier qu’en 2024. Washington a dépensé plus que tous les autres pays réunis, consacrant 69,2 milliards de dollars rien qu’en 2025 aux armes nucléaires, soit 12,4 milliards de plus qu’en 2024.
S’ensuit la Chine, dont les dépenses sont estimées à 13,5 milliards de dollars, le Royaume-Uni (12,6 milliards) et la Russie (9,5 milliards). Ces neuf Etats ont dépensé au cours des cinq dernières années un total de plus de 470 milliards de dollars pour leurs arsenaux, selon l’ICAN.
Stratégie à long terme
Ces investissements devraient continuer à croître. En examinant les projections de dépenses à long terme, l’ICAN a mis en lumière des plans au Royaume-Uni, en France et aux Etats-Unis, prévoyant d’investir des milliards de dollars dans le développement et la maintenance de ces systèmes d’armes jusqu’à la fin du siècle. D’autres pays introduisent aussi de nouveaux systèmes d’armes appelés à avoir une longue durée de vie.
Selon l’ICAN, les futurs missiles balistiques intercontinentaux Sentinel, prévus par les Etats-Unis, devraient rester en service au-delà de 2100, tandis que l’augmentation de la production américaine de noyaux atomiques en plutonium laisse penser que les ogives nucléaires conserveront leur viabilité jusqu’en 2120. L’effort financier sera considérable, les Etats-Unis devant consacrer près de 1 000 milliards de dollars à leur arsenal nucléaire sur la seule décennie 2025-2034, selon le rapport.
Au lieu d’assurer des services essentiels, comme les soins de santé, ces Etats ont investi dans « un arsenal qu’ils savent ne pas pouvoir utiliser sans commettre un crime de guerre », a estimé Susi Snyder.