Sept victimes de violences sexuelles dans l’Eglise seront reçues par le pape Léon XIV le 27 septembre à Lourdes, a fait savoir la Conférence des évêques de France (CEF), vendredi 4 septembre, en justifiant ce nombre réduit par une « volonté du pape de favoriser les échanges interpersonnels ».
L’Eglise a reçu une quarantaine de demandes dont une douzaine émanant de collectifs, selon la CEF, qui rappelle qu’il s’agira d’une « rencontre privée », donc ouverte aux seules personnes invitées et hors caméras. « Toute la communication » sur cette rencontre « sera laissée au choix des personnes elles-mêmes », précise la CEF, qui ne donnera pas la composition du groupe.
« La séquence » des entretiens « est confirmée et aura bien lieu à Lourdes », a dit l’évêque de Tarbes-Lourdes, Jean-Marc Micas, lors d’une conférence de presse, en ajoutant que « le lieu, la composition de la délégation et l’heure sont tenus confidentiels pour protéger les personnes qui ont accepté de participer à cette réunion ».
« Aucun collectif ni de Bétharram ni d’ailleurs » ne sera convié, a encore déclaré Mgr Micas, arguant du trop grand nombre de sollicitations. Il a toutefois ajouté, en réponse à une question sur l’éventuelle présence de victimes individuelles de l’établissement catholique situé à une quinzaine de kilomètres de Lourdes : « on peut le penser en effet ».
Le nombre de victimes qui seront reçues « reste à affiner », selon Mgr Micas.
« Mépris institutionnel »
Le collectif des victimes de Notre-Dame-de-Bétharram (Lestelle-Bétharram se trouve à 15 kilomètres de Lourdes) a confirmé, « avec consternation », qu’il ne serait pas reçu. Son porte-parole Alain Esquerre ne « sait pas » si d’anciens élèves de l’établissement, extérieurs au collectif, figurent parmi les sept victimes reçues. « Nous voulions une démarche collective pour parler au nom de toutes les victimes et obtenir deux choses du pape : témoigner de la honte de l’Eglise, et surtout, proposer un plan d’action », a-t-il affirmé à l’Agence France-Presse (AFP).
Ce « mépris institutionnel » et ce « jeu de concurrence victimaire » (…) « démontrent que l’Eglise n’est toujours pas prête pour traiter ce problème systémique », a-t-il ajouté, en dénonçant des rendez-vous « individuels » et « en catimini » pour « laisser le problème à la marge ».
Philippe Chemineau, président de l’association Mémoire Vérité Reconnaissance, de victimes d’abus et de violences commis dans des écoles catholiques lasalliennes, s’est également dit « très déçu » de ne pas avoir reçu d’invitation. « C’est totalement opaque, on ne sait pas du tout comment les gens sont sélectionnés ni comment ça va se passer », a-t-il affirmé à l’AFP.
La CEF assure qu’« il y aura bien des personnes membres de collectifs parmi les sept », que le groupe sera « représentatif » des parcours : hommes et femmes, mineures ou majeures au moment des faits, diversité des territoires et des lieux (enseignement catholique, paroisse, congrégation, etc.).
Disant son « regret » de ne pas être reçu, le collectif Ampaseo (victimes d’abus sexuels dans l’Eglise catholique de l’Ouest) a assuré dans un communiqué avoir eu l’accord de la CEF pour qu’un vitrail réalisé par une victime soit remis au pape pendant la visite.
La CEF fait savoir qu’elle a, avec la Conférence des religieux et religieuses de France, invité les victimes qui n’ont pas pu être reçues « à envoyer un écrit avec ce qu’elles auraient voulu dire au pape ». « Tous les messages seront réunis en un recueil qui sera remis au Saint-Père » et une journée de restitution de cette rencontre est en cours d’organisation, ajoute la CEF.
Mosaïque « ôtées de la vue de tous »
Dans un autre geste s’adressant aux victimes d’agressions sexuelles, les mosaïques de la basilique Notre-Dame-du-Rosaire à Lourdes, réalisées par le prêtre et artiste Marko Rupnik, accusé de violences sexuelles sur une vingtaine de femmes dont des religieuses, seront « définitivement ôtées de la vue de tous », a garanti M. Micas. « On va réfléchir à l’avenir de la façade de la basilique », a-t-il précisé.
A Lourdes, ces mosaïques sont déjà masquées depuis le printemps 2025. Sans faire suite à une demande explicite du pape, la couverture de ces ouvrages relève d’« un processus encouragé par Rome », a fait savoir l’évêque, alors que lors de sa récente visite en Espagne Léon XIV avait refusé d’entrer dans une église ornée des œuvres du prêtre Marko Rupnik.
Pour cette visite papale à Lourdes – la première depuis celle de Benoît XVI il y a dix-huit ans –, quelque 50 000 personnes se sont inscrites à la procession à la grotte prévue pour samedi soir ; et 150 000, soit le maximum autorisé, à la messe en plein air de dimanche à 11 heures.
Léon XIV effectuera « comme tout pèlerin, ce qui constitue une première », la procession mariale aux flambeaux et effectuera les mêmes gestes, « en touchant le rocher, allumant un cierge, buvant l’eau », a précisé l’évêque de Tarbes-Lourdes.
Un appel est lancé aux fidèles et au mécénat pour supporter le coût de l’événement, qui est de 3,75 millions d’euros (hors mesures de sécurité).