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Géopolitique

« Le rire en politique, lorsqu’il est instrumentalisé au profit du plus fort, se moque pour entretenir une domination »

Au nom du droit à l’humour, l’ironie propagée par l’extrême droite sur les réseaux sociaux et dans le discours politique repousse progressivement les limites de ce qui est acceptable en politique, analyse le chercheur Denis Saint-Amand dans un entretien au « Monde ».

« Le rire en politique, lorsqu’il est instrumentalisé au profit du plus fort, se moque pour entretenir une domination »
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« Le rire en politique, lorsqu’il est instrumentalisé au profit du plus fort, se moque pour entretenir une domination »

Propos recueillis par Claire Legros
Publié aujourd’hui à 19h00

Temps de Lecture 6 min.

Chercheur en histoire littéraire et en sociologie de la littérature, Denis Saint-Amand s’intéresse notamment aux cultures du détournement et de la satire et anime l’Observatoire des littératures sauvages à l’université de Namur (Belgique). Il publie Contrer le rire fasciste. Trolling et résistance (Rue de l’Echiquier, 128 pages, 14 euros), où il analyse l’instrumentalisation croissante du rire dans les milieux d’extrême droite et propose des réponses démocratiques à y apporter.

La satire et la caricature traversent l’histoire de la vie politique. Pourquoi s’intéresser particulièrement aux mécaniques du rire réactionnaire ?

On entend souvent dire que notre époque est dominée par le « politiquement correct » et qu’il n’est plus possible de rire de tout, mais cette affirmation ne résiste pas aux faits. L’humour est aujourd’hui omniprésent dans les médias et chez les responsables politiques. A gauche comme à droite, les élus manient facilement l’ironie, la caricature ou la satire.

Pour autant, tous les rires ne se ressemblent pas. En politique, l’ironie peut être subversive et avoir une dimension émancipatrice lorsqu’elle vise un pouvoir qui opprime. En témoigne la citation prêtée à l’écrivaine guadeloupéenne Maryse Condé [1934-2024] : « Le rire est le premier pas vers la libération. » Mais lorsqu’il est instrumentalisé au profit du plus fort, le rire en politique se moque pour écraser et entretenir une domination en légitimant la violence.

Vous montrez que ce rire identitaire s’est considérablement développé dans le contexte de l’essor de l’extrême droite et des régimes illibéraux. De quelle façon ?

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