C’est “une nouvelle phase dans la guerre qui oppose depuis des années les houthistes alignés” sur Téhéran, à Riyad, observe Al-Jazeera.
Les rebelles yéménites ont annoncé lundi 20 juillet un blocus maritime de l’Arabie saoudite, en pleine intensification de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, “menaçant ainsi d’ouvrir un nouveau front dans le conflit au Moyen-Orient”, note The New York Times.
“La mainmise de l’Iran sur le détroit d’Ormuz a réduit les approvisionnements mondiaux en carburant, faisant grimper les prix [du pétrole]. Mais l’Arabie saoudite, alliée des États-Unis, a réussi à réorienter une partie de ses exportations via la mer Rouge”, rappelle le quotidien américain. “Or, si les houthistes mettent à exécution leur menace de ne pas laisser passer les navires saoudiens par le détroit de Bab El-Mandeb, la porte d’entrée méridionale de la mer Rouge, cela aggraverait la crise énergétique mondiale”.
La milice yéménite n’a toutefois donné aucun détail sur les modalités de ce blocus, observe The Hill. Leur porte-parole militaire Yahya Saree a simplement affirmé lundi que le groupe visait “l’ennemi saoudien […] selon le principe ’œil pour œil’, avec effet immédiat”.
De son côté, le ministère des Affaires étrangères saoudien a exprimé “la plus ferme condamnation du Royaume d’Arabie saoudite à l’égard des déclarations faites par le soi-disant porte-parole militaire de la milice terroriste houthie […] imposant un blocus maritime au Royaume”. Et de préciser que Riyad “continue de soutenir le peuple yéménite frère et son gouvernement légitime”.
Le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, a, lui, appelé à une “désescalade immédiate”, estimant que ces menaces “contre la liberté de navigation […] risquent de mener à une escalade régionale encore plus grande”.
Tensions accrues entre Saoudiens et houthistes
L’annonce des houthistes survient dans un contexte de fortes tensions avec l’Arabie saoudite, rappelle Foreign Policy. “La semaine dernière, le groupe allié de Téhéran a accusé l’Arabie saoudite d’avoir bombardé l’aéroport international de Sanaa, au Yémen, afin d’empêcher un avion iranien d’y atterrir. L’appareil transportait selon certaines informations des membres de la direction des houthistes qui avaient assisté aux funérailles de l’ancien guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei”, précise le magazine. Bien que l’avion ait finalement réussi à atterrir dans un autre aéroport yéménite, les houthistes ont “rapidement riposté par des frappes de missiles et de drones contre l’aéroport international d’Abha, en Arabie saoudite”. Et “lundi, le groupe a élargi ses représailles en promettant de bloquer le trafic maritime saoudien entre la mer Rouge et le golfe d’Aden”.
Certains spécialistes du Yémen estiment toutefois que les houthistes “sont peu susceptibles de reprendre leurs attaques contre les navires en mer Rouge, car ils ne souhaitent pas entraîner l’administration Trump dans une nouvelle phase du conflit”, souligne The Middle East Eye.
Pour Mohammed Al-Basha, un expert basé aux États-Unis, la milice rechercherait avant tout “un accord” avec Riyad au sujet notamment de la libération de prisonniers ou de la levée du blocus saoudien imposé aux ports contrôlés par les houthistes, comme celui de Hodeïda.
“Toutefois, la seule annonce d’un embargo pourrait suffire à refroidir les compagnies maritimes à emprunter la mer Rouge, et les assureurs [à les couvrir] ”, même en l’absence d’attaques effectives, note The Middle East Eye.
Le risque d’une “impasse prolongée”
Parallèlement à l’annonce des houthistes, l’armée américaine a mené lundi une nouvelle vague de bombardements contre l’Iran, pour une dixième nuit consécutive, tandis que Téhéran a poursuivi ses attaques dans la région. Les Gardiens de la Révolution iraniens ont annoncé mardi avoir visé des cibles militaires américaines à Bahreïn et au Koweït, selon l’agence officielle Irna. Ils ont également déclaré avoir arrêté deux pétroliers qui circulaient par ladite “route Sud” du détroit d’Ormuz, non reconnue par Téhéran, selon la même source.
Alors que trois soldats américains ont été récemment tués en Jordanie et en Irak, Donald Trump a prévenu lundi sur son réseau Truth Social que pour chaque militaire tué, l’Iran payerait “plusieurs fois” le prix. Le président iranien Massoud Pezeshkian a, lui, évoqué “une guerre totale” face aux États-Unis.
Une situation qui laisse craindre une reprise de la guerre à grande échelle. Selon une note du renseignement américain, remise à l’administration Trump, les frappes américaines ne devraient pas parvenir à infléchir la position de l’Iran, rapporte The Washington Post. Les responsables anticipent une “impasse prolongée” entre Téhéran et Washington.
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