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Les jambes et les aisselles poilues, un acte de rébellion politique

Si la tendance “full bush in a bikini” avait remis la pilosité féminine au cœur du débat public en 2025, d’après le site britannique “Dazed”, parce qu’ils sont à la fois plus exposés et moins érotisés, les poils des aisselles et des jambes des femmes sont encore sujets à contro

Les jambes et les aisselles poilues, un acte de rébellion politique
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Société. Les jambes et les aisselles poilues, un acte de rébellion politique

“À tous les gens qui pensent que ça fait beaucoup de poils, envoyez-moi un message privé, je vous enverrai une photo de ma touffe.” Voilà ce qu’a répondu Amita Rao (l’une des têtes d’affiche de la série Adults) à ceux qui s’offusquaient de ses aisselles velues, dévoilées dans le magazine américain The Hollywood Reporter.

Comme souvent avec le patriarcat, quand on pense être débarrassées une fois pour toutes d’un sujet ayant pour thème “dominer les femmes en contrôlant leur corps”, ce même sujet revient sous une forme légèrement différente pour nous rappeler que ça dure toute la vie, une évasion. C’est tout le temps à recommencer.

Et si la tendance full bush in a bikini – qu’on pourrait traduire par “gros buisson dans un maillot deux-pièces” – avait remis la pilosité féminine au cœur du débat public en 2025, d’après le site britannique Dazed, les poils des aisselles et des jambes des femmes sont encore sujets à controverses.

Pourquoi ? Déjà, “parce que, depuis longtemps, on associe la propreté au fait d’être rasé, et la stigmatisation des poils des femmes s’exprime souvent par le prisme de l’hygiène (lequel ne s’applique apparemment pas aux 78 % d’hommes américains qui laissent leurs aisselles tranquilles)”, analyse Dazed.

Selon l’institut de sondage YouGov, plus de la moitié des Britanniques jugent que les femmes doivent s’épiler les aisselles.

Une étude américaine de 2023 révélait que 70 % des femmes le faisaient au moins une fois par mois et que 11 % ne le faisaient jamais. Côté britannique, 78 % des femmes interrogées disent s’être épilé [les aisselles] au moins une fois, et 63 % ont particulièrement détesté cette expérience.

“Chez les femmes, l’épilation reste donc largement l’attitude par défaut”, relève Dazed.

“Dire ‘je ne me rase pas la touffe’ ça n’a pas le même effetque le fait de ne pass’épiler les jambes.[Le pubis] ne se voit pas.Ça n’amène pasle même genrede réflexions.”

Esther Calixte-Béa, militante “pro-poils”, au magazine britannique Dazed

Au-delà du caractère prétendument “non hygiénique” dont pâtissent les poils des femmes, les poils des jambes souffrent d’être à la fois plus exposés et moins érotisés que ceux du pubis. Ils ne sont “ni provocateurs ni érotiques”.

Conséquence : les jambes poilues “donnent une impression de négligence”, déplore Joanie O’Mara, une femme de 28 ans qui a cessé de se raser les jambes, citée par le magazine britannique.

“Si les jambes poilues sont à ce point polémiques, c’est aussi parce qu’elles expriment une indifférence pour le regard des hommes, que ce soit intentionnel ou non”, ajoute Dazed.

“Dans la sphère publique, c’est comme si [les femmes qui arborent des jambes poilues] avaient renoncé à l’idée d’être belles”, complète Esther Calixte-Béa, une militante “pro-poils”. “Ça n’est pas sexy. C’est considéré comme plutôt masculin.”

“Quand je voisdes femmesparler de poils,c’est généralementdu duvet ou des poilspeu visibles.Je ne dis pas queleur conversationn’est pas valide,mais c’est tout de mêmemoins menaçant.Ça ne bouleversepas tant que çale statu quo.”

Esther Calixte-Béa au magazine britannique Dazed

Enfin, avoir des jambes poilues “n’est considéré comme un geste assumé que si vous êtes une personnalité lors d’un événement public”, regrette Dazed.

“Sinon on se dit que c’est un accident quelque peu embarrassant. Peut-être que vous avez oublié de vous raser les jambes avant de partir, ou que vous ne vous êtes pas rendu compte à quel point vos poils avaient poussé. Les jambes poilues sont rarement associées à une tendance ou à un geste revendiqué.”

Comme le rappelle Dazed, “les poils ne sont pas une mode, c’est un état naturel”. Avis à toutes les barbes bien taillées du patriarcat.—

Éloïse Duval
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