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Les langues aux Etats-Unis : 250 ans d'histoire riche mais complexe

Depuis mars 2025, sous l’impulsion de Donald Trump, l’anglais est devenu, par décret, la seule langue officielle aux Etats-Unis rompant ainsi avec l’histoire du pays qui a toujours plaidé, pour le plurilinguisme. Et pour cause, plus de 350 langues sont parlées dans le pays. Selon certaines

Les langues aux Etats-Unis : 250 ans d'histoire riche mais complexe
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Les langues aux Etats-Unis : 250 ans d'histoire riche mais complexe

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Depuis mars 2025, sous l’impulsion de Donald Trump, l’anglais est devenu, par décret, la seule langue officielle aux Etats-Unis rompant ainsi avec l’histoire du pays qui a toujours plaidé, pour le plurilinguisme. Et pour cause, plus de 350 langues sont parlées dans le pays. Selon certaines projections démographiques, l’espagnol pourrait devenir la langue majoritaire dans le pays d'ici la fin du siècle.

Dans « America 250, une histoire graphique des États-Unis », le politologue Romuald Sciora et le dessinateur Bastien Bertine remontent le fil de l'histoire de l’Amérique.
Dans « America 250, une histoire graphique des États-Unis », le politologue Romuald Sciora et le dessinateur Bastien Bertine remontent le fil de l'histoire de l’Amérique. © Editions Point Nemo
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Pourquoi instaurer une langue officielle 250 ans après ? Ce décret est-il le point de début d’une politique linguistique offensive ? Quelles langues parle-t-on aujourd’hui aux États-Unis ?

Les États-Unis, une tour de Babel sans langue officielle

Dès les premières colonies, l’anglais s’impose comme langue dominante, mais sans jamais être officiellement consacrée. Néerlandais, allemand, espagnol ou langues amérindiennes coexistent sans que les autorités ne jugent utile d’imposer un cadre. Au XIXe siècle, l’afflux d’immigrants européens (allemands, italiens) et asiatiques (mandarins) ne change pas la donne : l’anglais reste de facto la langue commune. Ce n’est qu’à partir des années 1960, avec l’explosion de l’immigration hispanophone et asiatique, que le débat aurait dû s’imposer. Mais le "culte de la liberté" l’emporte : les États-Unis rene légifèrent pas. Aujourd’hui, plus de 350 langues y sont parlées, avec une domination écrasante de l’anglais et de l’espagnol. Certains États, comme Hawaï ou le Nouveau-Mexique, adoptent des langues co-officielles, mais ces mesures restent symboliques. 

Du melting-pot vire au communautarisme ?

L’absence de langue officielle a-t-elle accéléré la fragmentation des États-Unis ? À partir des années 1980, le melting-pot semble céder la place à un repli communautaire : les crises économiques, l’ultra-libéralisme reaganien et l’effondrement de l’ascenseur social ont creusé les inégalités. Résultat ? Des quartiers entiers où l’anglais disparaît au profit du polonais, du russe ou de l’espagnol. Il n'est pas rare de croiser à New York, des jeunes de 25 ans ne parlent pas un mot d’anglais précise Romuald Sciora. A Los Angeles, des écoles enseignent exclusivement en espagnol. Les médias et les publicités s’adaptent, renforçant l’isolement : chaînes de télé en mandarin, journaux en russe, cours de récréation où l’anglais est minoritaire. Bill Clinton avait envisagé une légifération dans les années 1990, mais cela ne s'est jamais concrétisé. Aujourd’hui, imposer l’anglais comme langue unique est perçu comme une provocation et un acte réactionnaire : comment justifier une telle mesure alors que l’espagnol est parlé par près de 50 millions de personnes ? Les tentatives de Donald Trump pour promouvoir l’anglais ont été vues comme une attaque contre les hispanophones. Cinquante ans de tergiversations ont transformé un débat pragmatique en sujet explosif.

Vers un bilinguisme ou un multilinguisme officiel ?  

Aujourd'hui, l’enjeu n’est plus de savoir si les États-Unis doivent légiférer, mais comment le faire sans braquer une partie de leur population. Face à cette fragmentation,  les États-Unis devraient-ils s'inspirer du Canada en adoptant deux langues officielles, l’anglais et l’espagnol ? Les hispanophones, qui représentent près de 20 % de la population : une telle mesure aurait le mérite de reconnaître une réalité démographique tout en apaisant les tensions. Un cadre bilingue permettrait d’imposer l’apprentissage des deux langues dès l’école, brisant ainsi les barrières entre communautés.

Invité :  Romuald SCIORA, essayiste, directeur de l’observatoire politique et géostratégique des États Unis de l’Iris, auteur de America 250, une histoire graphique des États Unis.

Et, comme chaque mercredi, Lucie Bouteloup revient sur les origines et la signification d'une expression française bien connue, en complicité avec la lexicographe Géraldine Moinard des éditions Le Robert et les CM1 A de l'école Arago, située dans le 13è arrondissement de Paris. Et, je peux vous assurer que, malgré la chaleur, Lucie « se porte comme un charme » aujourd'hui !

 

Programmation musicale :

L'artiste Cécile McLorin Salvant avec la reprise de la chanson extraite du film "Les parapluie de Cherbourg" 

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