Donald Trump n’est sans doute pas conscient d’être confronté au même défi que Barack Obama avait dû relever en 2015, au moment de conclure un accord avec la République islamique d’Iran. Les luttes de faction à Téhéran pèsent en effet sur les pourparlers avec les Etats-Unis, compliquant encore plus des tractations déjà plombées par l’absence totale de confiance réciproque.
La nature même du régime iranien accentue de telles luttes de faction, puisque la République islamique fut fondée en 1979 sur une dyarchie des pouvoirs : le pouvoir théocratique du Guide suprême, d’une part, et le pouvoir élu du président, d’autre part. La légitimité du président de la République a beau être consacrée par une forme très contrainte de suffrage universel, elle reste subordonnée à la légitimité cléricale du Guide. Le fondateur de la République islamique, l’ayatollah Khomeyni, en fut naturellement le premier Guide jusqu’à sa mort en 1989, année de l’accession de l’ayatollah Ali Khamenei au pouvoir suprême.
En 2015, Obama avait eu l’habileté d’associer l’Union européenne, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, mais aussi la Russie et la Chine, aux pourparlers patiemment menés sur le dossier nucléaire avec l’Iran. Cette couverture multilatérale évitait aux Etats-Unis de se retrouver seuls face une République islamique nourrie d’antiaméricanisme depuis l’origine. Elle permettait aussi au président iranien d’alors, Hassan Rohani, ainsi qu’à son ministre des affaires étrangères et signataire de l’accord, Mohammad Javad Zarif, de neutraliser les critiques des « durs » du régime.
Amateurisme américain
C’est ainsi que la Maison Blanche parvint à imposer des contraintes sans précédent au programme nucléaire iranien, et ce en dépit de la sourde opposition du Guide Ali Khamenei et d’une fraction importante des gardiens de la révolution, l’armée idéologique du régime. Ces restrictions durèrent trois années, jusqu’à ce que Trump saborde en 2018 l’accord conclu par son prédécesseur. Les « faucons » iraniens, soulagés de ne plus être bridés par un accord international, passèrent à l’offensive dès 2020 contre les bases américaines en Irak.
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