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Les pantoufles jetables des hôtels, fléau écologique mondial

Produits en très grandes quantités, les chaussons jetables emballés dans du plastique et offerts aux clients des hôtels chics sont une véritable plaie pour l’environnement. Une enquête du “Sunday Times” retrace leur parcours, “des usines d’Extrême-Orient aux décharges des plus beau

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Tourisme. Les pantoufles jetables des hôtels, fléau écologique mondial

“La pantoufle d’hôtel, on en pense quoi ?” C’est le journaliste britannique Chris Haslam, responsable de la rubrique Voyage du Sunday Times, qui le demande. Est-ce “un accessoire de luxe indispensable, ou un scandale au même titre que la paille en plastique, c’est-à-dire un produit jetable qui, après quelques minutes à vos pieds, traînera dans une décharge pendant une éternité ?”

La réponse est un peu dans la question. Dans une enquête publiée le 11 mai, le quotidien britannique s’intéresse à l’impact désastreux de ces chaussons sur l’environnement.

Pour mesurer l’ampleur du problème, le Times donne cette estimation : “Mis bout à bout, sur la base d’une longueur moyenne de 29,5 centimètres chacun, les chaussons jetés chaque année par les 100 premiers hôtels de Londres pourraient couvrir la distance qui va de Hyde Park Corner à Francfort.” Or, précise l’article, la capitale britannique abrite à elle seule plus de 1 500 hôtels.

La plupart de ces pantoufles sont fabriquées dans un gigantesque site de production situé à Yangzhou, dans l’est de la Chine, d’où proviennent aussi la majorité des charlottes de douche et des échantillons de produits de toilette à destination des hôtels.

Tous les chaussons sont à usage unique et emballés dans du plastique non recyclable. Il existe deux types de paires : les moins élaborées, qui coûtent environ 6 centimes d’euro, et celles qu’offrent en général les hôtels quatre ou cinq étoiles, vendues environ 35 centimes d’euro.

La semelle des chaussons est en éthylène-acétate de vinyle (EVA), “une résine également utilisée dans la fabrication de tapis de yoga et de bodyboards bon marché”. Celle-ci peut mettre jusqu’à mille ans à se décomposer, selon les données communiquées par la marque Nike dans le cadre d’une étude sur ses baskets.

Pire, ce polymère thermoplastique pourrait en fait “ne jamais vraiment disparaître”, selon une étude de l’International Journal of Environmental Research and Public Health parue en 2022 et citée par le Times.

Il se transforme en micro et en nanoplastique, et peut alors être absorbé par les plantes et les espèces marines. Le journaliste en tire cette triste conclusion : “Quelqu’un mangera peut-être encore un peu de vos pantoufles au XXXIe siècle.”

Il n’existe pas de chiffres sur le nombre de pantoufles à usage unique jetées chaque année dans le monde, mais selon les estimations de l’Université internationale des sciences appliquées d’Allemagne, rien qu’aux États-Unis, les hôtels haut de gamme pourraient en jeter jusqu’à 10,5 millions de paires chaque mois (soit 126 millions par an).

Le Times passe en revue les initiatives de plusieurs groupes hôteliers pour réduire la voilure.

C’est le cas par exemple d’Accor hôtels : en 2020, le groupe “qui rassemble 5 800 établissements, derrière 45 enseignes aussi variées qu’Ibis, Fairmont ou Raffles, utilisait chaque année plus de 200 millions d’articles en plastique à usage unique (dont les pantoufles)”. Mais “en 2025, 88 % de ces hôtels avaient remplacé ces plastiques par des matériaux durables”.

Comment contribuer à faire changer les choses ? Pour le Times, le mieux est encore de faire savoir aux hôtels dans lesquels vous séjournez que vous ne souhaitez pas de chaussons à usage unique.

“Vous pouvez demander à l’hôtel de ne pas disposer de pantoufles jetables dans votre chambre, ou bien les placer vous-même dans le couloir, comme je l’ai vu faire dans nombre d’hôtels, de Delhi à Porto Rico. Le mieux étant d’apporter vos chaussons, et de faire comprendre aux hôteliers partout dans le monde que vous refusez d’alimenter les décharges.”

Mélanie Chenouard
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