- M le mag M le mag
- Intelligence artificielle Intelligence artificielle Intelligence artificielle
Licenciements, perte de sens, risques pour la démocratie : dans la Silicon Valley, le blues de la génération IA
Par Arnaud Leparmentier (San Francisco, correspondant)EnquêteEn Californie, la montée en puissance de l’intelligence artificielle ne suscite plus l’enthousiasme unanime de ses débuts. L’angoisse monte, notamment chez les étudiants et les ingénieurs, alors que se multiplient les suppressions d’emplois et qu’apparaissent plus menaçants les risques pour la société et la démocratie.
Lorsque Ellen Yang commence sa recherche d’emploi en 2025, elle n’a pas beaucoup d’inquiétude. Cette Américaine de 23 ans, fille de parents chinois ayant émigré à Boston avant sa naissance, achève sa quatrième année d’anglais et de linguistique à Stanford, la plus prestigieuse université de Californie, au cœur de la Silicon Valley. Elle a travaillé en parallèle de ses études pour des entreprises de la tech, notamment en marketing. La voie royale de la baie de San Francisco s’ouvre à elle.
Et pourtant, rien ne se passe comme prévu. Ellen Yang envoie des centaines de candidatures mais ne reçoit en retour que de simples refus générés par l’intelligence artificielle (IA). Impossible d’obtenir un entretien où elle pourrait faire valoir ses qualités. A San Francisco, les entreprises de la tech commencent alors à geler les embauches, voire à licencier. Dans sa promotion, beaucoup sont à la peine. « L’ambiance était morose. Avec mon groupe d’amis, nous étions convenus de ne pas parler de recherche d’emploi entre nous, car cela stressait tout le monde. »
Et puis vient le moment de se rendre à l’évidence : elle ne trouve pas de job. Elle n’ose pas se confier à ses parents qui se sont tant investis dans la réussite scolaire de leurs enfants – son frère étudie à Harvard, dans le Massachusetts. « Pour la première fois de ma vie, j’ai décidé de consulter un psychothérapeute. Je ne savais pas comment surmonter cette honte que je ressentais. J’avais attendu toute ma vie ce moment, de sortir diplômée d’une des meilleures universités au monde et je constatais que rien ne se passait. C’était très angoissant. »
Il vous reste 92.7% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !