Avant le solstice d’été, nous avons vécu déjà deux canicules majeures, sur l’Europe du sud et de l’ouest. Or, ces canicules ne sont que la manifestation de ce que les climatologues, dont je fais partie, prévoient depuis des décennies et notamment dès le premier rapport du GIEC - le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat - publié en 1990. Plus intenses et plus fréquentes dans le contexte du réchauffement planétaire en cours, ces canicules peuvent aussi être, comme celles que nous subissons actuellement, inédites par les processus qui leur donnent naissance et les maintiennent dans la durée. Pour reprendre le vocabulaire de notre président, ce qui était peu prévisible, compte tenu de l’alerte des scientifiques du GIEC, mais aussi du dernier rapport du Haut Conseil pour le climat, c’est l’impréparation de notre pays à un changement climatique clairement annoncé depuis 35 ans.
Les hôpitaux, les transports, les quartiers populaires, pour lesquels le gouvernement a si peu anticipé, sont devenus insupportables. Et ce n’est pas, le RN qui, hier encore, ignorait les problèmes écologiques et climatiques, soutenant les pires mesures allant à l’encontre de politiques d’atténuation qui nous sortira de l’ornière. Les journalistes ont-il déjà oublié que Marine Le Pen déclarait encore en 2023 « Le Giec a toujours été alarmiste » !
Les propositions du RN, malgré un large support médiatique qui ne se dément pas malheureusement depuis des années donnent à penser que des solutions individuelles sont l’alpha et l’oméga de cette crise. C’est une double illusion. Elle fait l’impasse sur les plus vulnérables qui ne pourront pas s’équiper de systèmes de refroidissement efficaces et pérennes. Pire encore, elles font l’impasse sur l’essentiel : se mettre collectivement en ordre de marche, avec une politique d’investissements massifs, cohérente et planifiée dans les secteurs public et privé. De tels investissements pour les deux réponses à cette situation inédite, l’atténuation de la menace climatique par la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’adaptation aux changements d’ores et déjà engagés et inéluctables, sont indispensables.
En une décennie, nous ne pouvons que constater la faillite de la politique gouvernementale à cet égard. Alors même que La Poste interdit de plus en plus à ses facteurs d’interagir avec les personnes chez elles, entendre le premier ministre, Sébastien Lecornu, les appeler à l’aide pour rendre visite aux plus vulnérables illustre tristement cette situation.
Après l’entrée au panthéon de l’historien Marc Bloch, on peut dire que si notre président a un certain talent pour honorer nos morts, il a failli pour ce qui est des vivants.
Alors que dans le crépuscule de ce second mandat, la prochaine campagne présidentielle s’ouvre, il faudra être attentif aux propositions politiques qui mettront en avant un véritable programme écologique et social associé à des financements à la hauteur des enjeux climatiques
Le gouvernement a su trouver des financements importants pour l’augmentation substantielle du budget de la défense, mais il s’agit aujourd’hui pour reprendre, encore une fois, les mots de notre président, d’une « guerre » contre le réchauffement climatique qui concerne tous les citoyens de notre pays et nécessite des investissements importants (1). Plus généralement, cette politique concerne l’Europe où le réchauffement se fait cruellement sentir et où les politiques de renoncements successifs menées par les forces conservatrices et l’extrême-droite doivent être stoppées et rapidement inversées si nous ne voulons pas nous trouver dans l’incapacité de gérer les prochaines canicules.
Répétons-le, les climatologues vous avertissent : les canicules d’aujourd’hui seront les températures estivales moyennes de demain, c’est dire que les canicules de demain seront bien pires que celle que nous vivons aujourd’hui.
Il est donc trop tard pour être pessimiste et il y a urgence à planifier, en France comme en Europe des politiques d’adaptation et d’atténuation déclinant dans nos villes et dans les régions les connaissances mises à disposition dans le dernier rapport du GIEC.
L’ignorance des enjeux est la base de l’inaction, et il est de plus en plus difficile de plaider l’ignorance pour ne rien faire. La vraie question que tout citoyen et responsable politique doit donc se poser est « comment aurait-on pu prévoir qu’on en serait arrivé à un tel niveau d’impréparation ? ».
Texte envoyé par le climatologue Gilles Ramstein, directeur de recherche au Laboiratoire des sciences du climat et de l’environnement (CEA, CNRS, Université Versailles Saint-Quentin).
(1) Pour éviter le chaos climatique et financier, Bernard Larrouturou et Jean Jouzel, éditions Odile Jacob